jeudi 5 mai 2011

ÉLECTIONS 2011 – EST-CE LA FIN DU MOUVEMENT INDÉPENDANTISTE?

Depuis deux jours, est apparu  un questionnement sur les conclusions et les conséquences de la presque disparition du Bloc québécois sur le sentiment indépendantiste. Certaines tribunes radiophoniques ont prédit la fin du mouvement indépendantiste au Québec. Même la chef du parti québécois, en tentant de répudier cette hypothèse, ne m’est pas apparue comme très convaincante.
Je me suis fait une opinion la dessus que je souhaiterais partager avec vous.
Mon hypothèse est que depuis le référendum de 1995, la présence du Bloc Québécois à Ottawa a été le principal frein à la montée du  sentiment indépendantiste au Québec. La présence du Bloc à Ottawa a en quelque sorte rassuré les indépendantistes mous et les nationalistes non indépendantistes, mais  capables de voter « oui » à un référendum si les conditions d’existence du Québec au sein de la fédération canadienne devenaient difficiles. Cette présence du « Nous » contre « Eux » à Ottawa a créé un coussin de sécurité tel que même l’adoption de politiques contraires aux intérêts des québécois, n’a pas permis d’augmenter le sentiment indépendantiste au Québec. « Le Bloc va défendre nos intérêts ». Nous avons tous pu assister, au cours des 15 dernières années, au discours d’un Gilles Duceppe enragé,  montant aux barricades à la sortie de la Chambre des Communes, lorsque l’adoption de tel ou tel projet de loi contrevenait aux intérêts du Québec. Dans la tête des gens, il y avait un gardien de but à Ottawa! Les conditions d’existence du Québec au sein de la fédération ont ainsi été « protégées » par le Bloc, et le Parti Québécois n’a jamais pu utiliser la stratégie d’un mauvais fonctionnement de la fédération canadienne comme argument pour augmenter la « chaleur » indépendantiste, étant limité dans ses interventions aux  politiques « provinciales ».
Les élections ont rayé le Bloc de la carte politique canadienne.
Comment les québécois vont-ils maintenant réagir lorsqu’un projet de loi ou une directive ministérielle ira à l’encontre des intérêts du Québec? Ils ne verront plus le visage enragé de M. Duceppe à la télévision. Le NPD lui-même, comme tous les partis fédéralistes, aura à analyser la mesure proposée ou décidée par le gouvernement, d’abord en la comparant à son programme, puis à la lumière de son impact sur les canadiens en général, et non uniquement en fonction des intérêts des québécois. Une mesure peut être très bonne pour le Canada et moins bonne pour le Québec. Prenons comme exemple, un des gros arguments du Bloc contre le gouvernement Harper durant la campagne. Le gouvernement Harper a financé GM  à hauteur de 7,1 milliards pour permettre à l’industrie de l’automobile de survivre en Ontario, tandis qu’il n’aurait aidé l’industrie forestière du Québec qu’avec des subventions de 170 millions$. Difficile pour le NPD de se montrer offensé d’une aide de 7,1$milliards pour l’industrie de l’automobile. C’est bon pour le Canada, et conséquemment, c’a devrait être bon pour le Québec. Le mieux que peut faire le NPD est de tenter d’augmenter l’aide aux forestières.
Le parti québécois va redevenir LA  voix des intérêts québécois à Ottawa. À l’instar de l’exemple de l’aide aux forestières, il va pouvoir utiliser toutes les frustrations qui vont émaner de certaines des politiques du gouvernement Harper, démontrer que ces politiques vont à l’encontre des valeurs des québécois et probablement augmenter le sentiment indépendantiste. Quatre vingt quatre pourcent des québécois ont voté contre la vision du pays proposé par M. Harper. M. Layton et son parti vont avoir des difficultés de contrer les politiques qui vont à l’encontre de son programme : ils sont minoritaires. Autre exemple. Il est certain que le registre des armes à feu va être aboli au cours des 100 premiers jours du gouvernement Harper. Le maintien du registre des armes à feu est important pour les québécois : c’est ici qu’a eu lieu le massacre de Polytechnique et les tueries à l’Assemblée Nationale et à Dawson. M. Layton a eu des difficultés avec son ancien caucus pour aller chercher le nombre de voix nécessaires à assurer la survie du registre lorsque le gouvernement Harper était minoritaire. Même si M. Layton monte aux barricades si le registre est aboli, c’est Mme Marois qui fera le plus de gain politique en rappelant l’importance du maintien du registre dans les valeurs des québécois et en proposant,  par exemple, que dans un Québec indépendant, le registre des armes à feu serait rétabli. Il y aura une multitude d’occasions comme celles-là au cours des 4 prochaines années.
En conclusion, je crois qu’au contraire, la disparition du Bloc québécois va servir les intérêts du mouvement indépendantiste en permettant au Parti québécois de reprendre le leadership de la défense des intérêts du Québec. Je crois que Mme Marois jubile actuellement et qu’elle ne versera que quelques larmes de crocodile aux funérailles du Bloc….

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