mardi 26 avril 2011

UNE CHIRURGIE ET UNE HOSPITALISATION COMME UNE AUTRE!? –partie 3 de 3

L'HOSPITALISATION EN POST-OPÉRATOIRE
Durant les 3 jours qu'a durée mon hospitalisation, se sont succédés une série d'infirmiers, infirmières, préposés et préposées tous et toutes plus accueillantes, rigoureuses  et professionnelles les unes que les autres. On remarque d'abord un grand sens de responsabilisation et de prise en charge de leurs patients. Une anecdote remarquable: au deuxième jour, un nouveau patient a été hospitalisé dans l'autre lit de ma chambre, à la fin du chiffre de nuit. Le matin, un brancardier s'est présenté à la chambre pour venir chercher le patient pour un examen en radiologie. L'infirmier responsable de ce patient, qui venait d'arriver, n'a pas voulu laisser aller son patient avant de le connaître comme il faut. Il a fait son histoire, pris ses signes vitaux et, rassuré que le patient pouvait être "brancardé" en toute sécurité en radiologie, a laissé partir son patient. C'est rassurant de voir du personnel aussi bien intentionné que lui dans le réseau. J’ai senti que toutes les personnes qui se sont occupées de moi avaient ce désir de bien me prendre en charge. Si une infirmière se présentait dans ma chambre et ne me connaissait pas, elle vérifiait avec le bracelet si j'étais bien la bonne personne avant de me donner un quelconque médicament ou ajuster les débits des nombreux solutés qui coulaient dans mes veines. Je n'ai pas vu de laisser aller, malgré une charge de travail qui me semble importante. Seul point à améliorer, à mon avis : le travail des préposés ne me semble pas coordonné avec celui des infirmières. Les préposées qui se présentaient à ma chambre étaient toutes accueillantes et désireuses de m'aider, soit par l'aide à la marche, par l’aide pour se laver ou toute autre tâche, mais elles semblaient toujours surprises de ma rapidité à me mobiliser moi-même. Autrement dit, elles entraient dans ma chambre avec l'objectif de m'aider à marcher. Ceci veut dire qu'il ne semble pas y avoir de communication entre les infirmières et les préposés. Leur plan de travail me semble indépendant.
LA POMPES ACP (ANALGÉSIE CONTRÔLÉE PAR LE PATIENT)
C'est la huitième merveille du monde!! Lorsqu’on sait comment elle marche! On nous l'apprend à notre arrivée dans notre chambre, lorsqu'il y a encore quelques vapeurs anesthésiques qui diminuent notre capacité de se concentrer sur les instructions reçues. Il faudrait probablement répéter les instructions 4 heures après l'arrivée du patient dans sa chambre. Je n'ai donc compris son fonctionnement que le lendemain matin, m'ayant uniquement injecté deux doses de 1,5mg durant la nuit. J’étais donc pas mal souffrant lorsque j'apprenais, le matin, qu'on peut s'injecter jusque 7,5 doses de 1,5mg à l'heure (une dose toutes les 8 minutes). Ne vous en faites pas, je me suis repris!!
Merveilleuse invention, elle permet d'abord de soulager le patient au rythme où il le désire, libérant ainsi le personnel de l'obligation de devoir distribuer des injections de narcotiques et de répondre à des appels. La sensation de flottement et de quasi euphorie donnée par la morphine, malgré la sensation de douleur qui est quand même toujours persistante, est vraiment extraordinaire et c'est tout à l'honneur des patients de renoncer à un tel plaisir une fois qu'il n'est plus requis!. Je suis quand même surpris par le faible niveau de douleur que cause une telle chirurgie qui est quand même assez invasive. On ne la ressent que lors des mouvements de déplacement et lorsque le péristaltisme abdominal recommence (le fonctionnement naturel des intestins)
LA SONDE VESICALE
Le problème que j'anticipais le plus était de ne pas pouvoir uriner de nouveau suite au retrait de la sonde vésicale. C'est ce qui est arrivé!! On m'a retiré la sonde 24 heures après ma chirurgie, ce qui m'apparaissait un peu trop rapide. Je ne sentais aucun mouvement dans mon abdomen, les organes étant encore "sous le choc" de la chirurgie. J'imagine que le mouvement naturel de la vessie était lui aussi perturbé. On m’a donné 6 heures pour uriner "naturellement". Malgré l’indulgence d’une infirmière, même après 8 heures, je ne ressentais pas la moindre petite sensation d'envie. Une sonde à ultra sons a démontré qu'il y a plus de 400 cc dans ma vessie. On devait donc me faire un cathétérisme vésical. C’à ou se faire arracher une dent sans anesthésie, c'est la même chose!. Quelle sensation de douleur atroce. Heureusement que la très jeune infirmière qui a procédé au cathétérisme l'a fait rapidement. En voyant cette jeune femme procéder au cathétérisme, je me demandait si elle avait de l’expérience car je me disais qu'il ne faut pas qu'elle manque son coup. Elle ne l’a pas manqué. Elle a été même très rapide pour trouver le passage dans la prostate,  mais entrer des lames de rasoir dans le pénis ou ce cathéter avec un bec courbé, c'est la même chose!
Huit heures plus tard, à 2 heures du matin, je sentais l'envie naturelle d'uriner. J'anticipais avec tellement d'horreur la probabilité de devoir subir un autre cathétérisme vésical que l'arrivée des premières gouttes d'urine par la miction naturelle valait 1$ million!! Le plan de soins devrait être ajusté et la sonde devrait demeurer au moins 36 heures, ou au moins jusqu'au retour du péristaltisme abdominal.

L'ÉQUIPE MÉDICALE
Tous les matins, l'externe, puis le résident junior et quelquefois le résident sénior se présentaient et faisaient le bilan de ma situation. Tous aussi courtois, gentils, et professionnels. J’ai évidemment choisi mon chirurgien. Celui-ci a une excellente réputation de chirurgien du colon, il est spécialiste des anastomoses difficiles, lorsque les tumeurs sont près du rectum et de l'anus.  Il est aussi le chef du service de chirurgie générale du CHUQ. Je l’ai bien connu lorsque j’étais le directeur des services professionnels de l’hôpital. On lui reproche un caractère un peu difficile, mais tous savent que sous ce masque, se cache un chirurgien d'une grande compétence qui se prend entièrement la charge et la responsabilité de son patient.

LE DÉPART
Trois jours plus tard, je suis prêt pour le départ. Je peux manger sans éprouver de nausées, j'ai uriné seul(!), je passe des gaz régulièrement, je peux marcher, et ma douleur est sous contrôle. Il est sût que ma mise en forme avant la chirurgie ait grandement aidé.
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CONCLUSION
J'ai déjà vu un film intéressant avec Harrison Ford (je crois). Celui-ci joue le rôle d'un gastro entérologue. Dans le cadre de leur formation, il soumet ses 4 résidents à un séjour bidon aux soins intensifs et à un lavement baryté, pour les sensibiliser aux conséquences de leurs prescriptions sur les patients. Comme administrateur, il faudrait peut-être faire la même chose, c’est-à-dire subir l’expérience « patient », pour vivre la relation « soignant-soigné », particulièrement lorsqu’on est un gestionnaire qui est loin des activités. Je sors de cette expérience en ayant expérimenté la force phénoménale qu'a une excellente équipe de soins sur la qualité des soins. Car c’est là que réside l’avenir de notre système de santé: le professionnalisme « inné » chez les médecins et les infirmières. On sent vraiment que le patient est au cœur de leurs préoccupations. On n’entre pas dans ces professions si on ne veut pas aider et soigner les autres. Ma première impression, et je réfléchirai davantage la dessus au cours des mois qui suivent, est que le rôle des gestionnaires devrait d’abord être centré à mettre en place les conditions gagnantes qui permettront aux équipes de soins de mieux faire leur travail dans une quasi autonomie, à l’intérieur des balises financières qui leur sont octroyées.   
Je sors aussi de cette expérience avec le sentiment qu’au Québec, nous avons réussi à mettre en place un système de santé extraordinaire, une fois que nous y avons accès. Le problème est d’avoir accès à certains services (médecins de famille, orthopédie et ophtalmologie en particulier). Le fait de ne pas avoir à se préoccuper des coûts des services qui nous sont prodigués est déjà un avantage incroyable que nous prenons malheureusement, je crois, pour acquis. Je reviendrai aussi la dessus lors d’une prochaine entrée de blogue.
Finalement, lorsque j’étais directeur des services professionnels, j’avais souvent à arbitrer l’allocation des lits entre les patients qui devaient être hospitalisés et qui étaient entrés par l’urgence, et ceux qui, comme moi, avaient une admission élective, pour une chirurgie, lorsqu’il ne restait plus de lits de disponibles dans l’hôpital. Probablement par réflexe, je me rappelle avoir tout fait pour ne pas annuler une admission élective parce que la demande des lits en provenance de l’urgence était trop forte. Maintenant je suis encore plus convaincu qu’il faut traiter les lits de chirurgie élective comme un deuxième hôpital dans l’hôpital, indépendant du fonctionnement de l’urgence. Lorsqu’on est cédulé pour une chirurgie comme la mienne, on monopolise toutes ses énergies physiques et mentales à gérer les efforts physiques et le stress qui sont associés à la chirurgie, on monopolise sa famille et ses proches, on prend des congés du travail, etc…Si on avait dû annuler « mon cas », j’aurais certes dû l'encaisser, on n’a pas vraiment le choix, mais je ne suis pas sûr que ma préparation aurait été la même la deuxième fois. À côté de moi, dans la salle où on attendait avant d’entrer à la salle d’opération, il y avait un jeune homme qui s’y présentait de nouveau, pour la quatrième fois(!), afin de se faire opérer pour une hernie inguinale bilatérale par laparoscopie. Son cas avait été annulé les trois autres fois pour toutes sortes de raisons!

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