dimanche 28 août 2011

L’AFFAIRE DSK – JE ME SUIS FAIT AVOIR….COMME LES AUTRES

Incroyable, DSK est libéré des charges criminelles qui pesaient contre lui. Du sommet de son socle, on a assisté à une déchéance sociale d’un personnage puissant comme on en  a rarement vu de mémoire d’homme et de femme. Président de la Banque Mondiale et candidat pressenti du parti socialiste au poste de président de la France, on a assisté à un enterrement public  de première classe  des ambitions de cet homme. Déchu, menotté, non rasé, humilié, emprisonné, la justice américaine en a fait un paria. À l’instar des millions de personnes qui ont assisté à cette pendaison en public, je me suis évidemment dit que si le procureur de l’état de New York se lance dans cette direction, c’est qu’Il doit avoir des évidences « béton ».
Le béton était du « jello ».
J’ai jugé trop vite, j’ai pris position avant d’avoir devant moi la confirmation des faits. Je me suis fait le défenseur de la veuve et de l’orphelin devant le grand méchant loup. S’il est véritablement innocent, c’est incroyable d’avoir fait subir un tel tourment à une personne. C’est ce qui me tracasse le plus. J’ai l’impression que la justice américaine est très poreuse, que le processus de mise en accusation est trop du côté des victimes. On dit souvent qu’Il est préférable de libérer 10 coupables que de condamner un innocent : eh bien c’est le contraire qu’on vient de constater.  
Mais….j’ai encore mes doutes, surtout que l’homme a reconnu avoir des relations sexuelles avec la femme de chambre. Ce que nous ne saurons jamais, c’est s’il y a eu agression ou non.
Leçons à tirer de cet épisode et réflexions.
1-      La justice américaine ressemble à un film d’Hollywood. Il y aurait lieu d’avoir un peu plus de retenue avec les mises en accusation.
2-      Si vous avez des problèmes de crédibilité et si vous vous faites violer aux États-Unis par une personne qui a les moyens de se défendre, vous ne pourrez jamais prouver les faits. Je ne dis pas que madame a été agressée sexuellement, je ne fais que dire qu’elle ne pourra jamais le prouver car elle a un problème de crédibilité. Et c’est vrai que sa crédibilité est très affaiblie lorsqu’on regarde les faits qui ont suivi l’évènement. Que ce soient des sommes d’argent inexpliquées dans son compte de banque, des rencontres avec des personnes d’allégeance mafieuse suite à l’évènement du Sofitel, de fausses déclarations lors de son entrée aux États-Unis, la femme aurait eu des difficultés à prouver les faits.
3-      Pourquoi diable est-ce que la femme de cet homme, Anne Sinclair, continue de le supporter et de vivre avec lui. Cette femme qui avait l’admiration des français comme l’une des meilleures présentatrices de nouvelles en France est encore aux côtés de cet homme qui l’humilie effrontément depuis des années. Difficile de croire qu’on puisse être heureux lorsque cocu!
4-      J’ai bien hâte de voir comment il sera accueilli en France. Ceci nous donnera une idée de la moralité collective des français à l’endroit d’un homme qui souffre d’un incroyablement manque de jugement.
Finalement, il ne semble pas que ce soit la fin de la saga de DSK. On l’attend en France avec de nouvelles accusations d’agression sexuelle et aux USA, le procès au civil débutera. Donc, on n’a pas fini d’en parler.
À suivre!

lundi 18 juillet 2011

LE BLOGUE, LE GOLF ET L'ETE

En mai dernier, j'ecrivais que je trouvais dans l'ecriture du blogue un exutoire au manque de créativite intellectuelle qui est une des consequences de la retraite. C'est toujours vrai! Et bien voilà que l'été arrivant, d'autres activités surviennent, et le beau temps!! Lorsqu'il fait beau, on veut aller dehors, particulièrement au Quebec!!, où les hivers sont longs. Et puis le golf! Je me suis mis membre d'un club de golf cet été pour enfin tenter de maitriser ce sport que je pratique de façon superficielle depuis plus de 50 ans. Et bien une partie de golf, incluant l'aller-retour au club, la pratique avant la partie, l'apres partie, c'est 6 1/2 hres-7 hres, soit presque une journée complète de travail! Apres, c'est la baignade, les activités obligatoires à la bonne marche d'une maison, du couple, un peu de lecture, la bouffe et il ne reste plus de temps pour le blogue, tel que je le conçois, soit une réflexion poussée sur un sujet donné, et non juste une opinion eçrite en prenant un café.
Il y a donc une incompatibilité entre une l'écriture d'une chronique dans un blogue et L'ETE, particulièrement si L'été inclut la pratique sérieuse du golf. D'ailleurs, je devrais faire une chronique sur ce sport.
Alors tout c'a pour vous dire, fidèles lecteurs qui vous êtes abonnés, et vous, qui venez de temps en temps faire un tour pour voir ce qui a été écrit depuis votre dernière visite, que la fréquence de parution de mes chroniques cet été sera probablement plus étendue. De 2-3 chroniques par semaine, je passerai probablement à une chronique par 10-14 jours. Je prends cependant des notes pour les chroniques de cet automne car je lis beaucoup, et de tres bons livres. J'ai terminé la biographie de Karl Mark de Jacques Attali, livre exceptionnel sur un homme exceptionnel dont la pensée politique a été volée et mal appliquée par Lenine et surtout par Staline. Je lis actuellement la biographie de Champlain, appelée "Champlain's Dream", par Fisher, un biographe américain, qui me fait découvrit la vie extraordinaire de l'homme exceptionnel que fut Samuel de Champlain. J'ai bien hâte de vous en parler.
Alors passez un bel été, soyez prudents sur les routes, où que vous alliez et continuez à me lire!!

dimanche 10 juillet 2011

NOS ENFANTS NOUS SONT PRÊTÉS

J'ai lu cette phrase la première fois il y a plus de 40 ans, lors du décès de la fille des meilleurs amis de mes parents. Danielle venait de mourir tragiquement dans un accident d'automobile, et après les funérailles, mes parents avaient reçu une lettre de remerciements dans laquelle était inscrite cette phrase: "Nos enfants nous sont prêtés". J'ai toujours conservé cette phrase dans mon esprit, ayant compris, même à l'âge de l'adolescence, la grande destruction interne qui accompagne la mort d'un enfant pour les parents. Plus tard, je l'ai entendu ou lu de nouveau dans de très nombreux autres contextes.
Il y a deux semaines, j'ai visité mes deux garçons qui demeurent Vancouver, en compagnie de leurs conjointes. J'anticipais un peu cette visite, n'ayant pas vu mon ainé depuis presque un an, et le plus jeune, depuis plus de 5 mois. Comme parent, on se demande toujours si on ne dérange pas ses enfants lorsqu'on s'annonce pour une visite, même si celles-ci sont séparées de plusieurs mois!! Ce ne fut pas le cas.
Mes retrouvailles furent remplies d'amour et d'affection et m'ont aussi permis de connaître un peu plus une de mes brus qui a subi une grande épreuve cette année. J'ai aussi pu découvrir un artiste de grand talent dans mon ainé, lui qui a décidé de laisser tomber une carrière d'avocat dans un grand bureau pour se consacrer à sa passion qu'est la musique. Le 23 juin, il a fait son concert de lancement pour son nouveau CD. Vous pouvez écouter les 5 pièces sur son site web: http://www.marcalexandre.com/
Quant au plus jeune, il a choisi de s'établir à Vancouver pour reprendre contact avec son frère et pour tenter sa chance dans le domaine de l'architecture et de la construction dans une ville où il y a plein de projets intéressante. En arrivant il avait une entrevue et deux jours plus tard, un emploi !
Les deux garçons sont bien. Ils ont bien sûr leur lot de problèmes et de préoccupations, comme tout le monde, mais leur vie est bien enclenchée et il me semble qu'ils sont bien équipés pour faire face à toutes les contraintes que la vie leur apportera.
Nous avons donc bien bouffé, bien bu, bien marché, bien parlé et discuté et visité Vancouver, qui conservait encore les cicatrices de l’émeute qui a suivi la défaite des Canucks de Vancouver .
Puis, on s’est quitté en se disant qu'on ne devrait pas attendre encore 5 mois avant de se voir.
Dans l’avion, déjà il y a un grand vide qui s’installe. Au retour, la première journée, je me sens comme moche, un peu triste, la larme à l'œil facile. Le deuxième jour, c'est pire; je me demande ce qui ne va pas. Pourtant, dans ma vie, sauf mon score au golf ( !), tout semble bien aller. Et puis voilà que je sais pourquoi: je m'ennuie de mes garçons.
Avec le temps, on s'habitue à ne pas les voir mais quand on les retrouve et qu'on peut les embrasser, les toucher, leur parler en voyant leurs réactions, qu'on peut voir leur milieu de vie, bien percevoir s'ils sont tristes ou heureux, confortables ou perturbés, fatigués ou bien portants, amoureux ou indifférents, passionnés ou éteints, et qu’pon peut se noyer dans une mer d’affection ; on retrouve les moments où nos enfants étaient prêts de nous et toujours disponibles.
Et bien non !! Lorsqu’ils décident non seulement de quitter le domicile familial mais de s’expatrier au loin, ils me manquent. Je n’ai que moi à blâmer car leur mère, ma conjointe et moi les avons habitués à voyager et découvrir le monde. Pour les jeunes d’aujourd’hui, la terre est leur terrain de jeu. Mais ils me manquent terriblement. Depuis deux semaines, la tristesse est disparue mais le désir de les revoir est toujours présent.
« Nos enfants nous sont prêtés » C’est vrai. Ce n’est pas comparable au décès de ses enfants, car la brisure est permanente. Je ne peux même pas imaginer que c’a survienne ; j’arrête d’y penser avant d’aller au bout de cette fiction.
Mais ils sont absents, et contrairement aux banques, même s'ils nous sont prêtés, on ne peut rappeler le prêt !

mardi 28 juin 2011

« VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT » - LIVRE EXCEPTIONNEL - DEUXIÈME PARTIE

Dans la première partie, publiée le 22 juin dernier, je vous ai présenté le contexte dans lequel j’ai fait connaissance avec ce livre et je vous l’ai résumé. J’ai commencé à vous proposer quelques perles portant sur la vision de la guerre selon Céline, au travers son personnage principal, Ferdinand Bardamu. Aujourd’hui, je vous présente d’autres perles qui portent aussi sur la guerre, et d’autres sujets .
Sur la superficialité de la guerre et de ce qu’en pensent ceux qui ne la font pas : Dans un dialogue entre Bardamu et le grand professeur de l’hôpital psychiatrique où il est interné, le Dr Bestombes. (il se fait interner volontairement pour éviter d’être tué).
« La guerre, voyez-vous, Bardamu, par les moyens incomparables qu’elle nous donne pour éprouver les systèmes nerveux, agit à la manière d’un formidable révélateur de l’Esprit humain ! Nous en avons pour des siècles à nous pencher, méditatifs, sur ces révélations pathologiques récentes, des siècles d’études passionnées. Nous ne faisions que soupçonner jusqu’ici les richesses émotives et spirituelles de l’homme ! Mais à présent, grâce à la guerre, c’est fait !...Nous pénétrons, par suite d’une effraction douloureuse certes, mais pour la science décisive et providentielle, dans leur intimité ! »…………… « Ah ! les petits soldats, remarquez-le, et dès les premières épreuves du feu, ont su se libérer spontanément de tous les sophismes et concepts accessoires, et particulièrement des sophismes de la conservation. Ils sont allés d’instinct et d’emblée se fondre avec notre véritable raison d’être, notre Patrie. Pour accéder à cette vérité, non seulement l’intelligence est superflue, Bardamu, mais elle gêne (note:sic !!) C’est une vérité du cœur, la Patrie, comme toutes les vérités essentielles, le peuple ne s’y trompe pas ! là précisément où le mauvais savant s’égare »
Je me demande si on pense encore comme cela, c’a doit être une des raisons pour lesquelles on ne peut discuter d’un ordre venant d’un supérieur, même si l’intelligence obligerait à un instant de réflexion. Véritable chair à canon que ces soldats de la première guerre !
J’imagine que vous vous dites : je ne lirai pas ce livre, car il me semble très déprimant. C’est sûr que la trame historique réelle sur laquelle repose cette première partie du roman n’est pas jo-jo !, mais l’intérêt réside dans l’analyse socio-politique de cette période que fait Céline à  travers les dialogues des personnages que côtoie Ferdinand Bardamu. Je trouve cela fascinant. Les mots utilisés sont subtils, ils frappent et ciblent toujours une partie de notre intelligence émotive.
Suis la période africaine, où Bardamu se retrouve dans une région difficile pour tenter de faire du petit commerce. C’est dans cette partie que tout le racisme de Céline ressort. Incroyable un tel racisme. Quelques exemples : Ceci est la réponse que le commerçant blanc donne au paysan, venu lui porter, avec toute  sa famille, le caoutchouc « naturel » pour le vendre.
« Toi, y a pas savoir argent ? Sauvage alors ? – Toi y en a pas parler « francé » dis ? Toi y en a gorille encore hein ?...Toi y en a parler quoi, hein ? Kous kous ? Mabillia ? Toi y en a couillon ! Bushman ! Plein couillon !  et c’a continue des pages et des pages……Passage obligé vers l’Amérique, où Céline emmène Bardamu, en pleine révolution industrielle.
Puis, Bardamu devient médecin et s’installe dans un petit village où il a de la difficulté à joindre les deux bouts, car ses patients ne le paient pas. Une des remarques de Bardamu à Robinson, son ami : « Mais mes clients n’y tenaient pas à ce que j’accomplisse des miracles, ils comptaient au contraire sur leur tuberculose pour se faire passer de l’état de misère absolue où ils étouffaient depuis toujours à l’état de misère relative que confèrent les pensions gouvernementales minuscules. Ils traînaient leurs crachats plus ou moins positifs de réforme en réforme depuis la guerre. Ils maigrissaient à force de fièvre soutenue par le manger peu, le vomir beaucoup, l’énormément de vin, et le travailler quand même, un jour sur trois, à vrai dire… » Je crois qu’Il y a encore de ce genre de misère, même ici. En 1984, jeune médecin, j’ai fait une visite à domicile à une famille de 4 enfants qui vivaient dans un sous sol reposant sur la terre, sans fondation. Il y a peut-être moins de misère ici qu’ailleurs, mais quelquefois je me demande si c’est plus difficile de manquer de quelque chose lorsque tu sais qu’à quelque pieds de toi, il y en a qui ont tout !?
Enfin, dernier passage du roman. C’est une réflexion de Ferdinand sur la guerre et la maladie. Ferdinand est alors responsable d’un asile, en banlieue de Paris. « Aux quelques fenêtres des réfectoires qui donnaient sur la rue les fous venaient parfois hurler et ameuter le voisinage, mais l’horreur leur restait plutôt à l’intérieur. Ils s’en occupaient et la préservaient leur horreur, personnellement, contre nos entreprises thérapeutiques (NB - à cette période, il n’y avait aucun médicament connu efficace – note de  CP) c’a les passionnait cette résistance. En pensant à présent à tous ces fous que j’ai connus chez le père Baryton, je ne peux m’empêcher de mettre en doute qu’il existe d’autres véritables réalisations de nos profonds tempéraments que la guerre et la maladie, ces deux infinis du cauchemar »
Et voilà, à lire, je crois. Pour se souvenir d’où nous venons, apprécier ce que nous avons et travailler plus fort pour vaincre la pauvreté et éviter les guerres. Au moins, il n’y a plus de guerre impitoyable comme les deux guerres mondiales du XXième siècle……pour l’instant !

mercredi 22 juin 2011

LOUIS FERDINAND CÉLINE – « VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT » - livre exceptionnel – première partie

Vous vous rappelez l’affaire « Bertrand Cantat » au Québec. Lors de cette saga, on a pu assister à un dérapage en règle de certains artistes du genre « bon chic, bon genre ». M. Cantat avait été envisagé pour jouer dans une pièce de Wadji Mouawad au TNM. L’annonce de sa venue par la directrice artistique, Lorraine Pintal, avait créé tout un boucan ! La très grande majorité des gens ne reconnaissait pas à l’ancien chanteur de « Noir Désir » le droit de venir jouer dans cette pièce au Québec. On  argumentait avec raison que la nature du crime qu’il avait commis était tel qu’on ne pouvait lui donner le privilège de continuer sa carrière comme si rien ne s’était passé.  Ses défenseurs, eux, argumentaient qu’on devait lui pardonner, car il avait purgé sa peine. On utilisait entre autre l’argument qui est à la source de cette chronique : « Ce n’est pas parce que Louis Ferdinand Céline était antisémite qu’on ne se permettra pas de lire son chef d’œuvre : Voyage au bout de la nuit ».
Alors c’a ma tenté d’aller visiter cet auteur et de lire son roman.
Pivot, dans le « Livre des meilleurs livres », le classe dans les 10 meilleurs romans français de tous les temps. Il fait aussi partie des « Les 1001 livres qu’il faut avoir lu dans sa vie ».
Alors j’y suis allé. Je me suis jeté dans le roman du Dr Céline comme je me jette dans l’Atlantique lors de mes vacances dans le Maine : appréhensif, car je ne connais jamais la température de l’eau et les courants que je rencontrerai.
Je suis sorti de ce livre comme je sors de l’eau du Maine : revigoré, énergique, content, mais perturbé par l’atmosphère difficile dans laquelle l’action se déroule.
C’est tout un roman. Il choque. On le dit anarchique et je crois qu’à l’époque, lors de la parution du livre en 1932, c’était vrai car il bousculait les idées d’une France pétrifiée dans une hiérarchie sociale inacceptable, où les pauvres servent de chair à canon et d’ouvriers exploités.
« Ce récit à la première personne retrace les expériences du jeune narrateur, Bardamu, depuis le début de la première guerre mondiale lorsqu’il s’engage à 20 ans, jusqu’aux années 30 où il devient médecin diplômé. »( Les 1001 livres qu’il faut avoir lu dans sa vie, page 352). Entre les deux, il voyage en Afrique (Je ne peux commenter  que Céline était antisémite, car dans ce roman, il n’y a pas de Juifs ni ne commente sur ce peuple, mais lors des péripéties de Bardamu en Afrique, ses commentaires sur les noirs sont tellement racistes, que je me demande si ce n’est pas par sarcasme, mais je ne crois pas. Faut le lire pour le croire)
Voici quelques perles, tirées du roman
Sur l’Âme : « L’Âme, c’est la vanité et le plaisir du corps tant qu’Il est bien portant, mais c’est aussi l’envie d’en sortir du corps dès qu’il est malade ou que les choses tournent mal »
Sur l’état du soldat français durant la guerre : « Mais nous étions loin de là, titubants dans un idéal d’absurdités, gardés par des poncifs belliqueux et insanes, rats enfumés déjà, nous tentions, en folie, de sortir du bateau de feu, mais n’avions aucun plan d’ensemble, aucune confiance les uns dans les autres. Ahuris par la guerre, nous étions devenus fous dans un autre genre : la peur. L’envers et l’endroit de la guerre. »
Sur la peur de mourir à la guerre : dans un dialogue avec sa maîtresse, appelée Lola, Bardamu déclare : « Oui, tout à fait lâche, Lola, je refuse la guerre et tout ce qu’Il y a dedans…Je ne la déplore pas, moi…Je ne me résigne pas, moi…Je ne pleurniche pas dessus, moi..Je la refuse tout net, avec tous les hommes qu’elle contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle. Seraient-ils neuf cent quatre-vingt-quinze millions et moi tout seul, c’est eux qui ont tort, Lola, et c’est moi qui ai raison, parce que je suis le seul à savoir ce que je veux : je ne veux plus mourir »…
Intéressant qu’il ne dise pas : « Je ne veux PAS mourir » mais, « je ne veux PLUS mourir » Bardamu est déjà mort, après tout ce qu’Il a vécu dans les tranchées de cette boucherie que fut la première guerre mondiale. Il tente d’ailleurs de se faire déclarer fou. (Tout ceci me rappelle la très grande prévalence du syndrome post traumatique actuellement, nouvelle appellation pour la peur démesurée de la mort que vivent plusieurs soldats lors des guerres du XXIième siècle.)
Lola réplique : « Mais c’est impossible de refuser la guerre, Ferdinand ! Il n’y a que les fous et les lâches qui refusent la guerre quand leur Patrie est en danger »
Voici ce qu’ajoute Ferdinand (Bardamu) : « Alors vivent les fous et les lâches ! Ou plutôt survivent les fous et les lâches ! Vous souvenez-vous d’un seul nom, par exemple,  Lola, d’un de ces soldats tués pendant la guerre de Cent ans ?...Avez-vous jamais cherché à en connaître un seul de ces noms ?... Non, n’est-ce pas ?...Vous n’avez jamais cherché ?. Ils vous sont aussi anonymes, indifférents et plus inconnu que le dernier atome de ce presse-papiers devant nous, que votre crotte du matin… Voyez donc bien qu’ils sont morts pour rien, Lola ! ………La preuve est faite ! Il n’y a que la vie qui compte. Dans dix mille ans d’ici, je vous fais le pari que cette guerre, si remarquable qu’elle nous paraisse à présent, sera complètement oubliée…À peine si une douzaine d’érudits se chamailleront encore par-ci, par-là, à son occasion et à propos des principales hécatombes dont elle fut illustrée… »
Lors de la deuxième partie de cette chronique sur Céline, je vous présenterai d’autres perles….parmi tant d’autres.

jeudi 16 juin 2011

ENCORE L’AFFAIRE DSK!! - LES FRANÇAIS ET LA JUSTICE

Je le sais, vous allez dire: Pas encore DSK!! Il a définitivement une fixation sur le sujet !
Et bien la réponse est non, je tente d'oublier cet évènement. Je ne vous dit pas que je n’écouterai ni lirai pas ce qui sera écrit et dit au procès, évidemment.
Ma conjointe lit actuellement la biographie d’André Malraux, par Guillaume Belin. Elle m’a souligné un passage de cette biographie qui est appelée : « L’affaire Malraux ».
L’affaire a lieu en France en 1924. Malraux est accusé d’avoir pillé les ruines d’Angkor (au Cambodge), lors d’un voyage dans ce pays. Il serait revenu avec une multitude de souvenirs( !). L’instruction tire en longueur, plus de 7 mois. Le procès s’ouvre à la mi-juillet 1924. Malraux écope d’une peine de 3 ans de prison et fait appel. Et voilà que se mobilisent une dizaine d’artistes de renom, dont Gide, Mauriac, MacOrlan, André Maurois, Max Jacob, Aragon, etc..pour faire libérer Malraux. Voici la pétition qu’ils font circuler :
« Pour André Malraux
Les soussignés, émus de la condamnation qui frappe André Malraux, ont confiance dans les égards que la justice a coutune de témoigner à tous ceux qui contribuent à augmenter le patrimoine intellectuel de notre pays. Ils tiennent à se porter garant de l’intelligence et de la valeur littéraire de cette personnalité (….) »

Voilà : il y a presque 100 ans, on considérait que la justice française traitait différemment ceux qui « ..contribuent à augmenter le patrimoine intellectuel de notre pays ». Croyez-vous, en ayant lu et écouté les commentaires de certains amis de DSK et d’anciens ministres, que l’affaire DSK eut le même traitement en France qu’elle en a eu aux États-Unis ?
Je ne le crois pas.
Fin de l'affaire: Fin octobre, la cours d'appel le condamne au sursis. Il est libre!!
(Je suis allé voir sur Internet, ce que veut dire "condamné avec sursis", en France. Voic la réponse: Le terme condamné avec sursis signifie que la personne qui a été accusée de méfait doit purger une peine de moins de deux ans. De plus, la personne étant déclarée coupable du méfait n'est pas considérée comme dangereuse pour la société : elle reçoit donc une peine dans la collectivité. Elle demeure en liberté tant et aussi longtemps qu'elle respectera les conditions que le tribunal lui a imposées.)

lundi 13 juin 2011

L’AMPHITHÉATRE DE QUÉBEC, LA RÉVOLUTION ARABE ET LA DÉMOCRATIE

Titre accrocheur et provoquant ; comment comparer tout le processus démocratique entourant la location d’un amphithéâtre avec une révolution qui se fait dans le sang ? Le lien entre les deux est le processus démocratique : le processus d’accès à la démocratie lorsqu’on ne l’a pas pour les uns et les excès qu’on en fait, une fois qu’on est habitué à bénéficier de ses avantages, pour les autres.
Lorsque nous regardons ce qui se passe sur la planète, on ne peut pas dire qu’au Canada et au Québec, nous ayons des gros problèmes. Nous avons un système économique qui nous permet de nous enrichir individuellement et collectivement, tout en redistribuant notre richesse collective (quoique pas autant qu’avant) par un système social qui nous permet de ne pas souffrir des conséquences financières qu’entraîne notre entrée dans le système de santé et d’offrir à nos enfants une éducation à moindre couts qu’ailleurs. Nous sommes en sécurité, nous n’avons pas à nous retourner constamment lorsque nous marchons la nuit dans notre ville et nous avons la possibilité de dire à peu près n’importe quoi sur n’importe quoi et n’importe qui, à l’intérieur de certaines limites qui sont habituellement définies par les tribunaux (par contre, en écoutant certains postes de radio, je me questionne souvent où se trouve cette limite !!). Finalement, à tous les 4-5 ans, on peut voter pour un candidat et/ou un parti en fonction de critères qui nous sont propres. À chaque 4-5 ans, on peut choisir ceux qui vont nous diriger au niveau national, provincial, municipal et même scolaire.
Dans les pays arabes, les citoyens n’ont pas les mêmes droits et privilèges. Le « printemps arabe » est une manifestation de la force d’attraction que peut exercer la recherche de la démocratie par un peuple. Cette recherche de la démocratie est un symptôme de la soif immense qu’ont ces peuples pour la démocratie. Elle représente l’eau à laquelle ils veulent tous s’abreuver. Cette soif est si intense que plusieurs y risquent même leur vie, uniquement  pour exprimer publiquement, par la manifestation, leur opinion sur les régimes politiques qui les dirigent depuis des lunes.
D’un côté, certains vont jusqu’au bout des moyens que leur permet le processus démocratique pour défendre un principe auquel ils tiennent, même si les dirigeants qui ont une opinion contraire ont été élu par une très forte majorité des citoyens,  et d’un autre côté, on assiste impuissant au massacre de citoyens qui veulent seulement exprimer leur opinion sur ceux qui les dirigent !
Mais que vient faire l’amphithéâtre de Québec dans cette dissertation ?
Je crois que ce dossier est le symptôme de ce que j’appelle le débordement de notre système démocratique. Peu à peu, nous perdons le sens de ce que la démocratie peut permettre de faire et ne pas faire. Je suis abasourdi par l’absurdité de l’abus du processus démocratique dans lequel la société québécoise s’est laissée engloutir lors de l’épisode du « bill privé » relié à la location de l’amphithéâtre de Québec.
Pendant que notre société québécoise subit des changements considérables à cause d’une modification significative de l’environnement physique, économique, politique et social dans lequel nous vivons, que ce soit l’impact des changements climatiques sur nos systèmes écologiques, des conséquences de la mondialisation sur notre économie, de notre rôle dans les multiples crises politiques qui nous entourent, de l’augmentation de l’écart entre les riches et les pauvres et de l’augmentation de la pauvreté dans notre société, notre assemblée se permet de passer un temps fou et de consacrer des énergies démesurées pour discuter d’un bill privé qui est l’affaire d’une relation entre une ville et un promoteur. C’est incontestablement une dérive de notre système démocratique.
Notre assemblée et nos politiciens devraient utiliser leur temps et leur énergie pour discuter des grands enjeux auxquels nous faisions face et tenter de trouver des solutions aux problématiques qui vont nous permettre de mieux nous positionner sur l’échiquier planétaire et laisser aux tribunaux le soin de déterminer si un contrat est valable ou non.