jeudi 15 septembre 2011

LE TEMPS - passe t'il vite...ou lentement?

Nous ressentons tous, inévitablement, une pression du temps sur notre vie. « Mon Dieu que le temps passe vite ! » « N’as-tu pas l’impression que le temps passe plus vite ? » S’est-on déjà arrêté pour réfléchir à la notion du temps et surtout, comment l’apprivoiser, car, et c’est la seule justice, il s’égraine inévitablement au même rythme pour tout le monde. C’est la perception de ce rythme qui est différente pour tout le monde, et qui varie de jour en jour, pour le même individu.
Quant à moi, je n’y ai jamais tellement réfléchi. Je suis cependant conscient qu’il ne m’en reste plus autant qu’avant et, à l’instar de beaucoup de gens de mon âge, j’ai l’impression qu’il s’égraine plus vite.
J’ai toujours fait l’hypothèse que l’impression de cette durée du temps reposait en fait sur l’expérience qu’on faisait du temps qui nous était confié. Par exemple, si on prend un bébé qui a deux jours de vie, la deuxième journée de sa vie lui a donné 100% de plus de temps pour expérimenter la vie. Le temps doit sembler long à un bébé ! Après 5 ans, la première journée de la cinquième année correspond donc à 1/1725 du temps passé sur terre (1 jour sur 5 fois 365 jours). À 60 ans, la première journée correspond à 1/21900 du temps passé. Si on passe cette journée sans expérience particulière, elle nous semblera très courte. Par contre, si on la passe en voyage, en train de découvrir et vivre des expériences particulières, le temps nous semblera très court. On dira même : « Mon Dieu que la journée a été longue et bien remplie».  En voyage, on dit souvent : « J’ai l’impression que c’a fait 1 mois que je suis parti », quand, en fait, on a quitté une semaine. Pour d’autres, c’est le contraire. Lorsqu’ils n’ont rien à faire, le temps passe lentement et s’ils sont occupés, le temps passe vite. C’est donc très personnel.
Mais faisons fi de ma propre expérience et de mes propres explications pour lire ce que certains anthropologues et philosophes pensent du temps. Le journal « La Presse » du 2 septembre présentait une perspective philosophique, anthropologique, psychanalytique et psychiatrique du temps. Je n’ai retenu que les perspectives anthropologiques et philosophiques. Je suis heureux de constater que Pierre Trudel, professeur d’anthropologie au CEGEP du Vieux-Montréal présente des constatations similaires aux miennes. J’en ai donc déduit que j’avais une perspective anthropologique du temps. Voici ce qu’Il en dit :
«  Pourquoi le temps passe-t-il si vite? »
« Je vais vous répondre à titre d’anthropologue et d’être humain qui voit le temps passer. Je crois que cela relève d’abord de questions neurologiques, en ce qui a trait à notre perception du temps qui passe. La perception du temps change avec l’âge, la quantité de souvenirs qu’il y a dans notre cerveau. C’est pour ça que les enfants ont l’impression que le temps est si long! Et puis, il y a une question d’espérance de vie : si dans une société, on vit plus ou moins vieux, on a une notion du temps différente. Ensuite, il y a la question culturelle, qui joue aussi dans la façon dont le temps peut être perçu. J’ai beaucoup étudié les cultures autochtones, et ils ont une notion du temps tout à fait différente de la nôtre. Bien sûr, aujourd’hui, avec la vitesse, la notion du temps change aussi énormément. Je crois que cela est lié à notre économie. »
> Mais pourquoi particulièrement à la fin de l’été, avant la rentrée?
« Évidemment, plus on a de choses à faire, moins on voit le temps passer. Je m’interroge aussi sur la popularité des voyages. Mon voisin revient de Turquie, et il m’a dit qu’au bout d’une semaine, il avait l’impression d’être parti un mois. Les voyages aussi modifient notre perception du temps. Je m’interroge à savoir si la popularité des voyages ne serait pas aussi liée à tout ça. Vous savez, nous avons une culture hédoniste. Le temps, c’est important. Beaucoup plus important que dans une société moins hédoniste. »
Voilà pourquoi je vous ai mentionné avoir une perspective anthropologique du temps.

Maintenant, lorsqu’on contemple la perspective philosophique du temps, elle est aussi très intéressante…..mais plus compliquée !! Voici comment Jean Laberge, philosophe, auteur du livre « En quête de sens » et d’un blogue du même nom, nous présente le temps : Il débute d’abord avec une citation d’un auteur inconnu :
·        « La perception que nous avons du temps provient de la civilisation dans laquelle nous baignons selon laquelle tout doit être utile et mesurable. »
« Pourquoi le temps passe-t-il si vite? « 
« Pour le philosophe, la question est plutôt de savoir ce qu’est le temps, s’il existe objectivement, au-delà de notre conscience. Là-dessus, l’ABC de la réflexion commence par Saint Augustin, qui pose ainsi le problème: " Si personne ne me le demande, je le sais; si on me demande de l’expliquer, je ne le sais plus !" Voici maintenant pourquoi le temps est si énigmatique. On s’entend pour dire que le passé n’est plus; que le futur n’est pas encore. Donc, qu’en est-il du temps présent? Est-il ou non? Or, le présent, s’il était toujours présent – l’éternité, en somme –, le passé n’existerait pas. Donc, pour être du temps, il faut que le présent passe; par conséquent, le présent n’est que du temps passé; mais le passé n’est plus puisqu’il est passé. Conclusion: si le temps existe, il faut qu’il n’existe pas… Ouf! Bon, voilà pour les débuts ardus de la réflexion philosophique sur le temps. Le temps n’existerait donc que dans notre conscience, pas dans la réalité. Or, pour nous, modernes, le temps " file à toute allure". Pourquoi? Parce que le temps, c’est de l’argent… Donc, la perception que nous avons du temps provient tout simplement de la civilisation dans laquelle nous baignons, selon laquelle tout doit être utile et mesurable. »
> À la rentrée en septembre, pourquoi sommes-nous si pressés par le temps?
« Parce que l’important, c’est le travail. Nous, modernes, nous ne sommes rien sans le travail, car le travail est foncièrement utile. Ainsi va la modernité. Les vacances nous rappellent que le temps est une invention humaine. En vacances, nous baignons pour un moment dans un monde fait d’activités en apparence " inutiles"; par exemple, contempler la beauté d’un paysage, admirer une œuvre d’art, savourer une rencontre, lire un roman, connaître une autre culture, etc. Pour celui ou celle qui, en vacances, découvre par exemple les cantates de Bach, le temps n’existe plus. »
> Un truc, pour moins courir?
« On m’accusera sans aucun doute de prêcher pour ma paroisse, mais le meilleur moyen de s’évader de l’emprise du temps, c’est de cultiver les arts et la philosophie! »
Voilà pour ces deux perspectives.
Intéressant…non !
Le présent n’existe pas car lorsqu’on songe au présent, il est déjà passé !! Ouf !
Vive le temps….passé. Et vive le futur, c’est ce qui nous tient en vie : avoir des projets, un goût de voir évoluer quelque chose, le goût de s’occuper de quelqu’un. Qui ne se rappelle pas l’excitation des premières rencontres à venir !!, des premiers voyages de planifiés. C’est encore comme c’a, même à mon âge !

lundi 5 septembre 2011

« JE RESPIRE DONC JE SUIS » - SULAK SIVARAKSA

Durant les vacances, j’ai pu lire quelques numéros d’une formidable revue qui s’intitule « Courrier international ». Cet hebdomadaire, publié sous forme d’un journal par la compagnie qui publie le journal « Le Monde », traite des actualités tirées de journaux de partout dans le monde et publie des chroniques très diversifiées sur une multitude de sujets.
Je vous propose quelques extraits de cet excellent article du numéro du 21 juin 2011, qui origine de Sholto Byrnes du journal « The Independant » de Londres.

« Renoncer au matérialisme, réapprendre à vivre en harmonie avec la nature, mettre de côté son ego, redécouvrir les voies de la spiritualité, épouser la non-violence. »
 À 78 ans, Sulak Sivaraksa, infatigable militant bouddhiste, continue d’aller à contre-courant. « La mondialisation est une religion démoniaque qui impose des valeurs matérialistes et une nouvelle forme de colonialisme, » écrit-il dans son livre « The wisdom of Sustainability : Buddhist Economics for the 21st century. » Ce bouddhiste a été pressenti deux fois pour recevoir le prix Nobel de la paix. La dissidente birmane Aung San Suu Kyi, elle-même récipiendaire de ce prix, le considère comme « l’un des plus grands penseurs sociaux d’Asie »
« Le bonheur véritable ne résiderait pas dans les gains matériels ni dans la recherche incessante d’une croissance illimitée. La clef se situerait dans la quête de la sérénité »
 « En Occident, vous avez été endoctrinés avec la notion cartésienne du « Je pense donc je suis ». Mais l’ego, le « moi » n’est pas réel. Nous sommes inter-reliés »
Le bonhomme n’est pas qu’un théoricien. Quarante ans durant, il s’est échiné à mettre en pratique ses grandes pensées, en fondant des ONG en Thaïlande, en enseignant aux quatre coins du monde ou en conseillant le gouvernement du Bhoutan sur l’élaboration de son fameux concept du « bonheur national brut ». Plusieurs fois, il a été persécuté en Thaïlande, car il dérange!
Mu par sa profonde foi religieuse, le vieux sage n’emprunte pas la voie du « Cogito ergo sum » mais celle du « Je respire, donc je suis »
« Sommes-nous arrogants au pointe de faire fi du plus important élément de la vie? Une fois qu’on ara appris à respirer correctement,  à respirer correctement l’air qu’on inspire, à cultiver sa paix intérieure, alors le Bonheur intérieur brut en découlera » « Se débarrasser de l’obsession de la réussite » est tout aussi indispensable. »
Finalement, « Si nous n’introduisons pas la spiritualité dans notre vie, alors….boum, ce sera notre fin »
Voilà, je voulais vous présenter ce personnage haut en couleur, qui suit la même voie que celle du Dallai Lama, mais de façon différente. Renoncer au matérialisme, c'est pas évident!!
Je vous réfère à ma chronique sur le film « Des hommes et des Dieux » qui m’avait réintroduit au concept de spiritualité. Je vous dirai bien humblement que je n’ai pas fait grand chemin depuis!
Intéressant de le lire, surtout lorsqu’on pense aux messages que nous a laissés Jack Layton, dans lettre d’adieux aux Canadiens.
Je vais me pencher un peu plus sur ce concept du « Bonheur Intérieur Brut », je le trouve intéressant. Je vous revient la-dessus.

dimanche 28 août 2011

L’AFFAIRE DSK – JE ME SUIS FAIT AVOIR….COMME LES AUTRES

Incroyable, DSK est libéré des charges criminelles qui pesaient contre lui. Du sommet de son socle, on a assisté à une déchéance sociale d’un personnage puissant comme on en  a rarement vu de mémoire d’homme et de femme. Président de la Banque Mondiale et candidat pressenti du parti socialiste au poste de président de la France, on a assisté à un enterrement public  de première classe  des ambitions de cet homme. Déchu, menotté, non rasé, humilié, emprisonné, la justice américaine en a fait un paria. À l’instar des millions de personnes qui ont assisté à cette pendaison en public, je me suis évidemment dit que si le procureur de l’état de New York se lance dans cette direction, c’est qu’Il doit avoir des évidences « béton ».
Le béton était du « jello ».
J’ai jugé trop vite, j’ai pris position avant d’avoir devant moi la confirmation des faits. Je me suis fait le défenseur de la veuve et de l’orphelin devant le grand méchant loup. S’il est véritablement innocent, c’est incroyable d’avoir fait subir un tel tourment à une personne. C’est ce qui me tracasse le plus. J’ai l’impression que la justice américaine est très poreuse, que le processus de mise en accusation est trop du côté des victimes. On dit souvent qu’Il est préférable de libérer 10 coupables que de condamner un innocent : eh bien c’est le contraire qu’on vient de constater.  
Mais….j’ai encore mes doutes, surtout que l’homme a reconnu avoir des relations sexuelles avec la femme de chambre. Ce que nous ne saurons jamais, c’est s’il y a eu agression ou non.
Leçons à tirer de cet épisode et réflexions.
1-      La justice américaine ressemble à un film d’Hollywood. Il y aurait lieu d’avoir un peu plus de retenue avec les mises en accusation.
2-      Si vous avez des problèmes de crédibilité et si vous vous faites violer aux États-Unis par une personne qui a les moyens de se défendre, vous ne pourrez jamais prouver les faits. Je ne dis pas que madame a été agressée sexuellement, je ne fais que dire qu’elle ne pourra jamais le prouver car elle a un problème de crédibilité. Et c’est vrai que sa crédibilité est très affaiblie lorsqu’on regarde les faits qui ont suivi l’évènement. Que ce soient des sommes d’argent inexpliquées dans son compte de banque, des rencontres avec des personnes d’allégeance mafieuse suite à l’évènement du Sofitel, de fausses déclarations lors de son entrée aux États-Unis, la femme aurait eu des difficultés à prouver les faits.
3-      Pourquoi diable est-ce que la femme de cet homme, Anne Sinclair, continue de le supporter et de vivre avec lui. Cette femme qui avait l’admiration des français comme l’une des meilleures présentatrices de nouvelles en France est encore aux côtés de cet homme qui l’humilie effrontément depuis des années. Difficile de croire qu’on puisse être heureux lorsque cocu!
4-      J’ai bien hâte de voir comment il sera accueilli en France. Ceci nous donnera une idée de la moralité collective des français à l’endroit d’un homme qui souffre d’un incroyablement manque de jugement.
Finalement, il ne semble pas que ce soit la fin de la saga de DSK. On l’attend en France avec de nouvelles accusations d’agression sexuelle et aux USA, le procès au civil débutera. Donc, on n’a pas fini d’en parler.
À suivre!

lundi 18 juillet 2011

LE BLOGUE, LE GOLF ET L'ETE

En mai dernier, j'ecrivais que je trouvais dans l'ecriture du blogue un exutoire au manque de créativite intellectuelle qui est une des consequences de la retraite. C'est toujours vrai! Et bien voilà que l'été arrivant, d'autres activités surviennent, et le beau temps!! Lorsqu'il fait beau, on veut aller dehors, particulièrement au Quebec!!, où les hivers sont longs. Et puis le golf! Je me suis mis membre d'un club de golf cet été pour enfin tenter de maitriser ce sport que je pratique de façon superficielle depuis plus de 50 ans. Et bien une partie de golf, incluant l'aller-retour au club, la pratique avant la partie, l'apres partie, c'est 6 1/2 hres-7 hres, soit presque une journée complète de travail! Apres, c'est la baignade, les activités obligatoires à la bonne marche d'une maison, du couple, un peu de lecture, la bouffe et il ne reste plus de temps pour le blogue, tel que je le conçois, soit une réflexion poussée sur un sujet donné, et non juste une opinion eçrite en prenant un café.
Il y a donc une incompatibilité entre une l'écriture d'une chronique dans un blogue et L'ETE, particulièrement si L'été inclut la pratique sérieuse du golf. D'ailleurs, je devrais faire une chronique sur ce sport.
Alors tout c'a pour vous dire, fidèles lecteurs qui vous êtes abonnés, et vous, qui venez de temps en temps faire un tour pour voir ce qui a été écrit depuis votre dernière visite, que la fréquence de parution de mes chroniques cet été sera probablement plus étendue. De 2-3 chroniques par semaine, je passerai probablement à une chronique par 10-14 jours. Je prends cependant des notes pour les chroniques de cet automne car je lis beaucoup, et de tres bons livres. J'ai terminé la biographie de Karl Mark de Jacques Attali, livre exceptionnel sur un homme exceptionnel dont la pensée politique a été volée et mal appliquée par Lenine et surtout par Staline. Je lis actuellement la biographie de Champlain, appelée "Champlain's Dream", par Fisher, un biographe américain, qui me fait découvrit la vie extraordinaire de l'homme exceptionnel que fut Samuel de Champlain. J'ai bien hâte de vous en parler.
Alors passez un bel été, soyez prudents sur les routes, où que vous alliez et continuez à me lire!!

dimanche 10 juillet 2011

NOS ENFANTS NOUS SONT PRÊTÉS

J'ai lu cette phrase la première fois il y a plus de 40 ans, lors du décès de la fille des meilleurs amis de mes parents. Danielle venait de mourir tragiquement dans un accident d'automobile, et après les funérailles, mes parents avaient reçu une lettre de remerciements dans laquelle était inscrite cette phrase: "Nos enfants nous sont prêtés". J'ai toujours conservé cette phrase dans mon esprit, ayant compris, même à l'âge de l'adolescence, la grande destruction interne qui accompagne la mort d'un enfant pour les parents. Plus tard, je l'ai entendu ou lu de nouveau dans de très nombreux autres contextes.
Il y a deux semaines, j'ai visité mes deux garçons qui demeurent Vancouver, en compagnie de leurs conjointes. J'anticipais un peu cette visite, n'ayant pas vu mon ainé depuis presque un an, et le plus jeune, depuis plus de 5 mois. Comme parent, on se demande toujours si on ne dérange pas ses enfants lorsqu'on s'annonce pour une visite, même si celles-ci sont séparées de plusieurs mois!! Ce ne fut pas le cas.
Mes retrouvailles furent remplies d'amour et d'affection et m'ont aussi permis de connaître un peu plus une de mes brus qui a subi une grande épreuve cette année. J'ai aussi pu découvrir un artiste de grand talent dans mon ainé, lui qui a décidé de laisser tomber une carrière d'avocat dans un grand bureau pour se consacrer à sa passion qu'est la musique. Le 23 juin, il a fait son concert de lancement pour son nouveau CD. Vous pouvez écouter les 5 pièces sur son site web: http://www.marcalexandre.com/
Quant au plus jeune, il a choisi de s'établir à Vancouver pour reprendre contact avec son frère et pour tenter sa chance dans le domaine de l'architecture et de la construction dans une ville où il y a plein de projets intéressante. En arrivant il avait une entrevue et deux jours plus tard, un emploi !
Les deux garçons sont bien. Ils ont bien sûr leur lot de problèmes et de préoccupations, comme tout le monde, mais leur vie est bien enclenchée et il me semble qu'ils sont bien équipés pour faire face à toutes les contraintes que la vie leur apportera.
Nous avons donc bien bouffé, bien bu, bien marché, bien parlé et discuté et visité Vancouver, qui conservait encore les cicatrices de l’émeute qui a suivi la défaite des Canucks de Vancouver .
Puis, on s’est quitté en se disant qu'on ne devrait pas attendre encore 5 mois avant de se voir.
Dans l’avion, déjà il y a un grand vide qui s’installe. Au retour, la première journée, je me sens comme moche, un peu triste, la larme à l'œil facile. Le deuxième jour, c'est pire; je me demande ce qui ne va pas. Pourtant, dans ma vie, sauf mon score au golf ( !), tout semble bien aller. Et puis voilà que je sais pourquoi: je m'ennuie de mes garçons.
Avec le temps, on s'habitue à ne pas les voir mais quand on les retrouve et qu'on peut les embrasser, les toucher, leur parler en voyant leurs réactions, qu'on peut voir leur milieu de vie, bien percevoir s'ils sont tristes ou heureux, confortables ou perturbés, fatigués ou bien portants, amoureux ou indifférents, passionnés ou éteints, et qu’pon peut se noyer dans une mer d’affection ; on retrouve les moments où nos enfants étaient prêts de nous et toujours disponibles.
Et bien non !! Lorsqu’ils décident non seulement de quitter le domicile familial mais de s’expatrier au loin, ils me manquent. Je n’ai que moi à blâmer car leur mère, ma conjointe et moi les avons habitués à voyager et découvrir le monde. Pour les jeunes d’aujourd’hui, la terre est leur terrain de jeu. Mais ils me manquent terriblement. Depuis deux semaines, la tristesse est disparue mais le désir de les revoir est toujours présent.
« Nos enfants nous sont prêtés » C’est vrai. Ce n’est pas comparable au décès de ses enfants, car la brisure est permanente. Je ne peux même pas imaginer que c’a survienne ; j’arrête d’y penser avant d’aller au bout de cette fiction.
Mais ils sont absents, et contrairement aux banques, même s'ils nous sont prêtés, on ne peut rappeler le prêt !

mardi 28 juin 2011

« VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT » - LIVRE EXCEPTIONNEL - DEUXIÈME PARTIE

Dans la première partie, publiée le 22 juin dernier, je vous ai présenté le contexte dans lequel j’ai fait connaissance avec ce livre et je vous l’ai résumé. J’ai commencé à vous proposer quelques perles portant sur la vision de la guerre selon Céline, au travers son personnage principal, Ferdinand Bardamu. Aujourd’hui, je vous présente d’autres perles qui portent aussi sur la guerre, et d’autres sujets .
Sur la superficialité de la guerre et de ce qu’en pensent ceux qui ne la font pas : Dans un dialogue entre Bardamu et le grand professeur de l’hôpital psychiatrique où il est interné, le Dr Bestombes. (il se fait interner volontairement pour éviter d’être tué).
« La guerre, voyez-vous, Bardamu, par les moyens incomparables qu’elle nous donne pour éprouver les systèmes nerveux, agit à la manière d’un formidable révélateur de l’Esprit humain ! Nous en avons pour des siècles à nous pencher, méditatifs, sur ces révélations pathologiques récentes, des siècles d’études passionnées. Nous ne faisions que soupçonner jusqu’ici les richesses émotives et spirituelles de l’homme ! Mais à présent, grâce à la guerre, c’est fait !...Nous pénétrons, par suite d’une effraction douloureuse certes, mais pour la science décisive et providentielle, dans leur intimité ! »…………… « Ah ! les petits soldats, remarquez-le, et dès les premières épreuves du feu, ont su se libérer spontanément de tous les sophismes et concepts accessoires, et particulièrement des sophismes de la conservation. Ils sont allés d’instinct et d’emblée se fondre avec notre véritable raison d’être, notre Patrie. Pour accéder à cette vérité, non seulement l’intelligence est superflue, Bardamu, mais elle gêne (note:sic !!) C’est une vérité du cœur, la Patrie, comme toutes les vérités essentielles, le peuple ne s’y trompe pas ! là précisément où le mauvais savant s’égare »
Je me demande si on pense encore comme cela, c’a doit être une des raisons pour lesquelles on ne peut discuter d’un ordre venant d’un supérieur, même si l’intelligence obligerait à un instant de réflexion. Véritable chair à canon que ces soldats de la première guerre !
J’imagine que vous vous dites : je ne lirai pas ce livre, car il me semble très déprimant. C’est sûr que la trame historique réelle sur laquelle repose cette première partie du roman n’est pas jo-jo !, mais l’intérêt réside dans l’analyse socio-politique de cette période que fait Céline à  travers les dialogues des personnages que côtoie Ferdinand Bardamu. Je trouve cela fascinant. Les mots utilisés sont subtils, ils frappent et ciblent toujours une partie de notre intelligence émotive.
Suis la période africaine, où Bardamu se retrouve dans une région difficile pour tenter de faire du petit commerce. C’est dans cette partie que tout le racisme de Céline ressort. Incroyable un tel racisme. Quelques exemples : Ceci est la réponse que le commerçant blanc donne au paysan, venu lui porter, avec toute  sa famille, le caoutchouc « naturel » pour le vendre.
« Toi, y a pas savoir argent ? Sauvage alors ? – Toi y en a pas parler « francé » dis ? Toi y en a gorille encore hein ?...Toi y en a parler quoi, hein ? Kous kous ? Mabillia ? Toi y en a couillon ! Bushman ! Plein couillon !  et c’a continue des pages et des pages……Passage obligé vers l’Amérique, où Céline emmène Bardamu, en pleine révolution industrielle.
Puis, Bardamu devient médecin et s’installe dans un petit village où il a de la difficulté à joindre les deux bouts, car ses patients ne le paient pas. Une des remarques de Bardamu à Robinson, son ami : « Mais mes clients n’y tenaient pas à ce que j’accomplisse des miracles, ils comptaient au contraire sur leur tuberculose pour se faire passer de l’état de misère absolue où ils étouffaient depuis toujours à l’état de misère relative que confèrent les pensions gouvernementales minuscules. Ils traînaient leurs crachats plus ou moins positifs de réforme en réforme depuis la guerre. Ils maigrissaient à force de fièvre soutenue par le manger peu, le vomir beaucoup, l’énormément de vin, et le travailler quand même, un jour sur trois, à vrai dire… » Je crois qu’Il y a encore de ce genre de misère, même ici. En 1984, jeune médecin, j’ai fait une visite à domicile à une famille de 4 enfants qui vivaient dans un sous sol reposant sur la terre, sans fondation. Il y a peut-être moins de misère ici qu’ailleurs, mais quelquefois je me demande si c’est plus difficile de manquer de quelque chose lorsque tu sais qu’à quelque pieds de toi, il y en a qui ont tout !?
Enfin, dernier passage du roman. C’est une réflexion de Ferdinand sur la guerre et la maladie. Ferdinand est alors responsable d’un asile, en banlieue de Paris. « Aux quelques fenêtres des réfectoires qui donnaient sur la rue les fous venaient parfois hurler et ameuter le voisinage, mais l’horreur leur restait plutôt à l’intérieur. Ils s’en occupaient et la préservaient leur horreur, personnellement, contre nos entreprises thérapeutiques (NB - à cette période, il n’y avait aucun médicament connu efficace – note de  CP) c’a les passionnait cette résistance. En pensant à présent à tous ces fous que j’ai connus chez le père Baryton, je ne peux m’empêcher de mettre en doute qu’il existe d’autres véritables réalisations de nos profonds tempéraments que la guerre et la maladie, ces deux infinis du cauchemar »
Et voilà, à lire, je crois. Pour se souvenir d’où nous venons, apprécier ce que nous avons et travailler plus fort pour vaincre la pauvreté et éviter les guerres. Au moins, il n’y a plus de guerre impitoyable comme les deux guerres mondiales du XXième siècle……pour l’instant !

mercredi 22 juin 2011

LOUIS FERDINAND CÉLINE – « VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT » - livre exceptionnel – première partie

Vous vous rappelez l’affaire « Bertrand Cantat » au Québec. Lors de cette saga, on a pu assister à un dérapage en règle de certains artistes du genre « bon chic, bon genre ». M. Cantat avait été envisagé pour jouer dans une pièce de Wadji Mouawad au TNM. L’annonce de sa venue par la directrice artistique, Lorraine Pintal, avait créé tout un boucan ! La très grande majorité des gens ne reconnaissait pas à l’ancien chanteur de « Noir Désir » le droit de venir jouer dans cette pièce au Québec. On  argumentait avec raison que la nature du crime qu’il avait commis était tel qu’on ne pouvait lui donner le privilège de continuer sa carrière comme si rien ne s’était passé.  Ses défenseurs, eux, argumentaient qu’on devait lui pardonner, car il avait purgé sa peine. On utilisait entre autre l’argument qui est à la source de cette chronique : « Ce n’est pas parce que Louis Ferdinand Céline était antisémite qu’on ne se permettra pas de lire son chef d’œuvre : Voyage au bout de la nuit ».
Alors c’a ma tenté d’aller visiter cet auteur et de lire son roman.
Pivot, dans le « Livre des meilleurs livres », le classe dans les 10 meilleurs romans français de tous les temps. Il fait aussi partie des « Les 1001 livres qu’il faut avoir lu dans sa vie ».
Alors j’y suis allé. Je me suis jeté dans le roman du Dr Céline comme je me jette dans l’Atlantique lors de mes vacances dans le Maine : appréhensif, car je ne connais jamais la température de l’eau et les courants que je rencontrerai.
Je suis sorti de ce livre comme je sors de l’eau du Maine : revigoré, énergique, content, mais perturbé par l’atmosphère difficile dans laquelle l’action se déroule.
C’est tout un roman. Il choque. On le dit anarchique et je crois qu’à l’époque, lors de la parution du livre en 1932, c’était vrai car il bousculait les idées d’une France pétrifiée dans une hiérarchie sociale inacceptable, où les pauvres servent de chair à canon et d’ouvriers exploités.
« Ce récit à la première personne retrace les expériences du jeune narrateur, Bardamu, depuis le début de la première guerre mondiale lorsqu’il s’engage à 20 ans, jusqu’aux années 30 où il devient médecin diplômé. »( Les 1001 livres qu’il faut avoir lu dans sa vie, page 352). Entre les deux, il voyage en Afrique (Je ne peux commenter  que Céline était antisémite, car dans ce roman, il n’y a pas de Juifs ni ne commente sur ce peuple, mais lors des péripéties de Bardamu en Afrique, ses commentaires sur les noirs sont tellement racistes, que je me demande si ce n’est pas par sarcasme, mais je ne crois pas. Faut le lire pour le croire)
Voici quelques perles, tirées du roman
Sur l’Âme : « L’Âme, c’est la vanité et le plaisir du corps tant qu’Il est bien portant, mais c’est aussi l’envie d’en sortir du corps dès qu’il est malade ou que les choses tournent mal »
Sur l’état du soldat français durant la guerre : « Mais nous étions loin de là, titubants dans un idéal d’absurdités, gardés par des poncifs belliqueux et insanes, rats enfumés déjà, nous tentions, en folie, de sortir du bateau de feu, mais n’avions aucun plan d’ensemble, aucune confiance les uns dans les autres. Ahuris par la guerre, nous étions devenus fous dans un autre genre : la peur. L’envers et l’endroit de la guerre. »
Sur la peur de mourir à la guerre : dans un dialogue avec sa maîtresse, appelée Lola, Bardamu déclare : « Oui, tout à fait lâche, Lola, je refuse la guerre et tout ce qu’Il y a dedans…Je ne la déplore pas, moi…Je ne me résigne pas, moi…Je ne pleurniche pas dessus, moi..Je la refuse tout net, avec tous les hommes qu’elle contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle. Seraient-ils neuf cent quatre-vingt-quinze millions et moi tout seul, c’est eux qui ont tort, Lola, et c’est moi qui ai raison, parce que je suis le seul à savoir ce que je veux : je ne veux plus mourir »…
Intéressant qu’il ne dise pas : « Je ne veux PAS mourir » mais, « je ne veux PLUS mourir » Bardamu est déjà mort, après tout ce qu’Il a vécu dans les tranchées de cette boucherie que fut la première guerre mondiale. Il tente d’ailleurs de se faire déclarer fou. (Tout ceci me rappelle la très grande prévalence du syndrome post traumatique actuellement, nouvelle appellation pour la peur démesurée de la mort que vivent plusieurs soldats lors des guerres du XXIième siècle.)
Lola réplique : « Mais c’est impossible de refuser la guerre, Ferdinand ! Il n’y a que les fous et les lâches qui refusent la guerre quand leur Patrie est en danger »
Voici ce qu’ajoute Ferdinand (Bardamu) : « Alors vivent les fous et les lâches ! Ou plutôt survivent les fous et les lâches ! Vous souvenez-vous d’un seul nom, par exemple,  Lola, d’un de ces soldats tués pendant la guerre de Cent ans ?...Avez-vous jamais cherché à en connaître un seul de ces noms ?... Non, n’est-ce pas ?...Vous n’avez jamais cherché ?. Ils vous sont aussi anonymes, indifférents et plus inconnu que le dernier atome de ce presse-papiers devant nous, que votre crotte du matin… Voyez donc bien qu’ils sont morts pour rien, Lola ! ………La preuve est faite ! Il n’y a que la vie qui compte. Dans dix mille ans d’ici, je vous fais le pari que cette guerre, si remarquable qu’elle nous paraisse à présent, sera complètement oubliée…À peine si une douzaine d’érudits se chamailleront encore par-ci, par-là, à son occasion et à propos des principales hécatombes dont elle fut illustrée… »
Lors de la deuxième partie de cette chronique sur Céline, je vous présenterai d’autres perles….parmi tant d’autres.