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lundi 2 avril 2012

VIEILLIR, selon Bernard Pivot

J'ai dernièrement reçu ce texte magnifique de ma conjointe, qui elle-même, l'avait reçue d'une grande amie. Il provient du dernier livre de Bernard Pivot, intitulé "Les mots de ma vie". J'avais entendu parler de ce livre, qui consiste pour Pivot à écrire un texte sur un mot de chacune des lettres de l'alphabet, mais la critique n'était pas très bonne. Le texte sur le vieillissement, lui, est excellent. Il apporte un nouvel éclairage au vieillissement. Comme le dit si bien l'amie de ma conjointe: "C'est l'un des rares textes sur vieillir qui ne soit pas pleurnicheur et négatif".
Si je puis me permettre de le critiquer un peu, tout ce que dit Pivot est vrai, dans la mesure où on conserve la santé. Dès que cette denrée nous est retirée, la vieillesse dite "négative" prend le dessus. Peut-être même suis-je dans l'erreur. Peut-être devrais-je écrire simplement que la vieillesse prend le dessus dès qu'on perd le contrôle sur notre corps ou notre esprit.
Qu'en pensez-vous?


> Vieillir, c’est chiant. 
> J’aurais pu dire : vieillir, c’est désolant, c’est insupportable, c’est douloureux, c’est horrible, c’est déprimant, c’est mortel. 
> Mais j’ai préféré « chiant » parce que c’est un adjectif vigoureux qui ne fait pas triste.
> Vieillir, c’est chiant parce qu’on ne sait pas quand ça a commencé et l’on sait encore moins quand ça finira. 
> Non, ce n’est pas vrai qu’on vieillit dès notre naissance. 
> On a été longtemps si frais, si jeune, si appétissant. 
> On était bien dans sa peau. 
> On se sentait conquérant. Invulnérable. 
> La vie devant soi.
> Même à cinquante ans, c’était encore très bien.
> Même à soixante. 
> Si, si, je vous assure, j’étais encore plein de muscles, de projets, de désirs, de flamme.
> Je le suis toujours, mais voilà, entre-temps – mais quand – j’ai vu le regard des jeunes, 
> des hommes et des femmes dans la force de l’âge qu’ils ne me considéraient plus 
> comme un des leurs, même apparenté, même à la marge. 
> J’ai lu dans leurs yeux qu’ils n’auraient plus jamais d’indulgence à mon égard. 
> Qu’ils seraient polis, déférents, louangeurs, mais impitoyables.
> Sans m’en rendre compte, j’étais entré dans l’apartheid de l’âge.
> Le plus terrible est venu des dédicaces des écrivains, surtout des débutants. 
> « Avec respect », « En hommage respectueux », Avec mes sentiments très respectueux ». 
> Les salauds !
> Ils croyaient probablement me faire plaisir en décapuchonnant leur stylo plein de respect ? 
> Les cons !
> Et du « cher Monsieur Pivot » long et solennel comme une citation 
> à l’ordre des Arts et Lettres qui vous fiche dix ans de plus !
> Un jour, dans le métro, c’était la première fois, une jeune fille s’est levée 
> pour me donner sa place. 
> J’ai failli la gifler. 
> Puis la priant de se rasseoir, je lui ai demandé si je faisais vraiment vieux, 
> si je lui étais apparu fatigué.
> « Non, non, pas du tout, a-t- elle répondu, embarrassée. J’ai pensé que… » 
> Moi aussitôt : «Vous pensiez que…?
> - Je pensais, je ne sais pas, je ne sais plus, que ça vous ferait plaisir 
> de vous asseoir. 
> - Parce que j’ai les cheveux blancs ?
> - Non, ce n’est pas ça, je vous ai vu debout et comme vous êtes plus âgé que moi, ç’a été un réflexe, je me suis levée…
> - Je parais beaucoup beaucoup plus âgé que vous ?
> - Non, oui, enfin un peu, mais ce n’est pas une question            d’âge…
> - Une question de quoi, alors ?
> - Je ne sais pas, une question de politesse, enfin je crois…»
> J’ai arrêté de la taquiner, je l’ai remerciée de son geste généreux 
> et l’ai accompagnée à la station où elle descendait pour lui offrir un verre.
> 
Lutter contre le vieillissement c’est, dans la mesure du possible, ne renoncer à rien. 
> Ni au travail, ni aux voyages, ni aux spectacles, ni aux livres, ni à la gourmandise, 
> ni à l’amour, ni à la sexualité, ni au rêve.
 
> Rêver, c’est se souvenir tant qu’à faire, des heures exquises. 
> C’est penser aux jolis rendez-vous qui nous attendent. 
> C’est laisser son esprit vagabonder entre le désir et l’utopie. 
> La musique est un puissant excitant du rêve.
> La musique est une drogue douce.
> J’aimerais mourir, rêveur, dans un fauteuil en écoutant 
> soit l’adagio du Concerto no 23 en la majeur de Mozart, 
> soit, du même, l’andante de son Concerto no 21 en ut majeur, 
> musiques au bout desquelles se révéleront à mes yeux pas même étonnés 
> les paysages sublimes de l’au-delà.
> Mais Mozart et moi ne sommes pas pressés.
> Nous allons prendre notre temps. 
> Avec l’âge le temps passe, soit trop vite, soit trop lentement. 
> Nous ignorons à combien se monte encore notre capital. 
> En années? En mois? En jours
? 
> Non, il ne faut pas considérer le temps qui nous reste comme un capital. 
> Mais comme un usufruit dont, tant que nous en sommes capables, 
> il faut jouir sans modération.
 
> Après nous, le déluge? Non, Mozart.
 

mercredi 21 décembre 2011

MESSAGE DE REMERCIEMENT DE MON ANGE

Je vous ai déjà parlé de nos amies les soeurs de Saint-François d'Assise, Aline et Hélène.
Le 1ier octobre dernier, je signais un blogue intitulé: UN ANGE----HOMMAGE À UNE AMIE, blogue dans lequel je vous avouais mon amour de cette personne qui a consacré sa vie d'abord à Dieu, à sa communauté, aux malades de Saint-François d'Assise et maintenant, depuis sa retraite, aux pauvres et aux démunis. De toutes façons, malgré ses fonctions d'infirmière, elle a toujours travaillé pour aider les plus démunis d'entre nous.
Dernièrement, elle célébrait ses 50 ans de vie religieuse. Liette et moi avons participé à cette fête très humblement et nous avons reçu un petit mot de remerciement d'Hélène. Je veux le partager avec vous  car, comme je le disais le 1ier octobre, elle a une façon de parler de Dieu qui me fascine. Voici ce que je disais entre autre le 1ier octobre dernier:
"J'admire cette concentration intense que je retrouve lors de chacune des prières que vous récitez au début des repas que nous prenons ensemble ou dans votre chapelle, lors des visites que nous faisons avec Liette et Pierrot. Cette admiration est autant plus grande que pour moi, la prière demeure toujours un grand mystère. C'est en vous regardant prier que je peux comprendre que Dieu existe, mais je ne connais pas encore le chemin qu'il faut prendre pour vous imiter."

Je continue d'y travailler: je lis actuellement un livre d'un Jésuite théologien appelé Bernard Sesbouë intitulé: "CROIRE". Vraiment très intéresssant et très terre à terre. Je vous en reparlerai plus tard.
MAINTENANT, VOICI LE MOT DE REMERCIEMENT D'HÉLÈNE
Un fraternel bonsoir Liette et Claude !
        Je viens vous remercier pour les bons voeux exprimés à l’occasion de mes Noces d’Or. Votre amitié m’a comblée au-delà de mes désirs.
        Il y a 52 ans je répondais à l’appel du Seigneur qui me disait  ¨Viens à ma suite Hélène, j’ai ouvert pour toi un chemin de vie¨.
         Le bonheur, je l’ai trouvé dans le don de moi-même au Seigneur et au service de ma Communauté, des malades, des pauvres et des réfugiés.  Que de grâces reçues !
        Le Bon Dieu a placé sur ma route des personnes comme vous qui m’ont soutenue par la prière, l’entraide, la joie de vivre,  l’amour inconditionnel, etc.  Merci d’avoir été là et d’y être encore aujourd’hui.  J’essaierai encore de garder grand’ ouverte la porte de mon cœur car je sais qu’Il y a un Dieu d’amour qui se tient tout proche de tous ceux et celles que j’aime.
        Priez pour moi afin que je sois toujours comme Dieu le veut.
        Merci encore pour ces bons mots, ces magnifiques cartes, ces cadeaux qui sont pour moi des gages de communion dans l’amour.

mercredi 28 septembre 2011

Réflexions sur l'enthanasie

Je viens de lire les commentaires du Dr Marcel Boisvert, médecin québécois très impliqué en soins gériatriques et en soins de fin de vie, qui a longuement réfléchi à la question de l'euthanasie, dans la revue "Actualités médicales", revue d'actualités pour les médecins francophones du Canada.. Comme vous le savez, le Québec a tenu une Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité. Cette commission a terminé sa tournée et elle n’a pas encore produit son rapport. Fondamentalement deux philosophies trônent lorsqu’on parle d’euthanasie. Il y a ceux qui favorisent l’euthanasie, en faisant confiance au jugement de la personne mourante ou souffrante et il y a ceux qui disent que ces personnes n’ont pas bien été renseignées sur toutes les alternatives autres que l’euthanasie pour faire face à leur souffrance, qu’elle soit physique ou morale.

Plusieurs médecins se sont prononcés sur la question, autant lors de la tournée de la commission que dans la revue « Actualités médicales ». C'est dans l'édition du 21 septembre, que le Dr Boisvert revient sur la question, et nous soumet une réflexion que je désire partager avec vous. Elle me semble très pertinente.

(Après avoir lu les commentaires des médecins dans la revue « Actualités médicales »
« Il semble donc que les soignants soient peu capables de recevoir et d’intérioriser une demande d’aide à mourir. C’est donner raison au Dr Eric Cassell, le « père » de la notion de souffrance(1), quand il rappelle ce qui devrait être un axiome : « Seuls les malades savent combien atroce est leur souffrance »… et « lorsque leur demande (d’une aide à mourir) est conforme aux balises, elle devrait être exaucée »(2).
C’est également s’éveiller à l’insondable profondeur de l’humain, celle qui fit écrire à M. Davy : « Le vivant et le pré-mort ne peuvent communiquer; aucune frontière ne les relie. L’un et l’autre n’habitent pas le même temps(3). »
Il faut donc s’astreindre à accepter le mystère et à accompagner dans l’humilité, à la manière du psychiatre Yves Quenneville, que trois décennies de consultants en soins palliatifs ont fait dire : « Accompagner, c’est accepter de suivre une personne dans la direction qu’elle veut prendre, là où elle veut aller, quand elle veut y aller et à sa manière(4). » Toute autre stratégie s’adonne au risque du mépris, comme en a témoigné Hubert Doucet : « La personne mourante est maintenant privée de sa mort, alors qu’elle a été responsable de toute sa vie(5). »
Dr Marcel Boisvert
1. Cassell EJ. The Nature of Suffering and the Goals of Medicine, New England J Med 1982;
306: 639-45.
2. Ibid. When Suffering Patients Seek Death in Physician-Assisted Death, J. Hopkins U. Press,
2004, p.75.
3. Davy MM. Un itinéraire. Desclées, Paris, 1999.
4. Quenneville Y. Entrevue : Vivre avec un proche gravement malade, Bayard, Internet.
5. Doucet H. La quête d’une bonne mort. Info-Kara, déc. 1993, p. 61-65.
* Publié dans L'actualité médicale du 17 août, en page 49.

La direction dans laquelle penche le Dr Boisvert est assez claire. Chaque cas est un cas d’espèces et il doit être abordé avec toute la largeur d’esprit dont nous sommes capables. La grande variable est celle qui est mentionnée dans la première ligne du commentaire du Dr Boisvert : « Il semble donc que les soignants soient peu capables de recevoir et d’intérioriser une demande d’aide à mourir. »
Cette demande est en quelque sorte le constat de leur incapacité à guérir, ce pour quoi ils ont été formés. La mort est un échec ; elle n’est pas acceptable pour plusieurs médecins

jeudi 15 septembre 2011

LE TEMPS - passe t'il vite...ou lentement?

Nous ressentons tous, inévitablement, une pression du temps sur notre vie. « Mon Dieu que le temps passe vite ! » « N’as-tu pas l’impression que le temps passe plus vite ? » S’est-on déjà arrêté pour réfléchir à la notion du temps et surtout, comment l’apprivoiser, car, et c’est la seule justice, il s’égraine inévitablement au même rythme pour tout le monde. C’est la perception de ce rythme qui est différente pour tout le monde, et qui varie de jour en jour, pour le même individu.
Quant à moi, je n’y ai jamais tellement réfléchi. Je suis cependant conscient qu’il ne m’en reste plus autant qu’avant et, à l’instar de beaucoup de gens de mon âge, j’ai l’impression qu’il s’égraine plus vite.
J’ai toujours fait l’hypothèse que l’impression de cette durée du temps reposait en fait sur l’expérience qu’on faisait du temps qui nous était confié. Par exemple, si on prend un bébé qui a deux jours de vie, la deuxième journée de sa vie lui a donné 100% de plus de temps pour expérimenter la vie. Le temps doit sembler long à un bébé ! Après 5 ans, la première journée de la cinquième année correspond donc à 1/1725 du temps passé sur terre (1 jour sur 5 fois 365 jours). À 60 ans, la première journée correspond à 1/21900 du temps passé. Si on passe cette journée sans expérience particulière, elle nous semblera très courte. Par contre, si on la passe en voyage, en train de découvrir et vivre des expériences particulières, le temps nous semblera très court. On dira même : « Mon Dieu que la journée a été longue et bien remplie».  En voyage, on dit souvent : « J’ai l’impression que c’a fait 1 mois que je suis parti », quand, en fait, on a quitté une semaine. Pour d’autres, c’est le contraire. Lorsqu’ils n’ont rien à faire, le temps passe lentement et s’ils sont occupés, le temps passe vite. C’est donc très personnel.
Mais faisons fi de ma propre expérience et de mes propres explications pour lire ce que certains anthropologues et philosophes pensent du temps. Le journal « La Presse » du 2 septembre présentait une perspective philosophique, anthropologique, psychanalytique et psychiatrique du temps. Je n’ai retenu que les perspectives anthropologiques et philosophiques. Je suis heureux de constater que Pierre Trudel, professeur d’anthropologie au CEGEP du Vieux-Montréal présente des constatations similaires aux miennes. J’en ai donc déduit que j’avais une perspective anthropologique du temps. Voici ce qu’Il en dit :
«  Pourquoi le temps passe-t-il si vite? »
« Je vais vous répondre à titre d’anthropologue et d’être humain qui voit le temps passer. Je crois que cela relève d’abord de questions neurologiques, en ce qui a trait à notre perception du temps qui passe. La perception du temps change avec l’âge, la quantité de souvenirs qu’il y a dans notre cerveau. C’est pour ça que les enfants ont l’impression que le temps est si long! Et puis, il y a une question d’espérance de vie : si dans une société, on vit plus ou moins vieux, on a une notion du temps différente. Ensuite, il y a la question culturelle, qui joue aussi dans la façon dont le temps peut être perçu. J’ai beaucoup étudié les cultures autochtones, et ils ont une notion du temps tout à fait différente de la nôtre. Bien sûr, aujourd’hui, avec la vitesse, la notion du temps change aussi énormément. Je crois que cela est lié à notre économie. »
> Mais pourquoi particulièrement à la fin de l’été, avant la rentrée?
« Évidemment, plus on a de choses à faire, moins on voit le temps passer. Je m’interroge aussi sur la popularité des voyages. Mon voisin revient de Turquie, et il m’a dit qu’au bout d’une semaine, il avait l’impression d’être parti un mois. Les voyages aussi modifient notre perception du temps. Je m’interroge à savoir si la popularité des voyages ne serait pas aussi liée à tout ça. Vous savez, nous avons une culture hédoniste. Le temps, c’est important. Beaucoup plus important que dans une société moins hédoniste. »
Voilà pourquoi je vous ai mentionné avoir une perspective anthropologique du temps.

Maintenant, lorsqu’on contemple la perspective philosophique du temps, elle est aussi très intéressante…..mais plus compliquée !! Voici comment Jean Laberge, philosophe, auteur du livre « En quête de sens » et d’un blogue du même nom, nous présente le temps : Il débute d’abord avec une citation d’un auteur inconnu :
·        « La perception que nous avons du temps provient de la civilisation dans laquelle nous baignons selon laquelle tout doit être utile et mesurable. »
« Pourquoi le temps passe-t-il si vite? « 
« Pour le philosophe, la question est plutôt de savoir ce qu’est le temps, s’il existe objectivement, au-delà de notre conscience. Là-dessus, l’ABC de la réflexion commence par Saint Augustin, qui pose ainsi le problème: " Si personne ne me le demande, je le sais; si on me demande de l’expliquer, je ne le sais plus !" Voici maintenant pourquoi le temps est si énigmatique. On s’entend pour dire que le passé n’est plus; que le futur n’est pas encore. Donc, qu’en est-il du temps présent? Est-il ou non? Or, le présent, s’il était toujours présent – l’éternité, en somme –, le passé n’existerait pas. Donc, pour être du temps, il faut que le présent passe; par conséquent, le présent n’est que du temps passé; mais le passé n’est plus puisqu’il est passé. Conclusion: si le temps existe, il faut qu’il n’existe pas… Ouf! Bon, voilà pour les débuts ardus de la réflexion philosophique sur le temps. Le temps n’existerait donc que dans notre conscience, pas dans la réalité. Or, pour nous, modernes, le temps " file à toute allure". Pourquoi? Parce que le temps, c’est de l’argent… Donc, la perception que nous avons du temps provient tout simplement de la civilisation dans laquelle nous baignons, selon laquelle tout doit être utile et mesurable. »
> À la rentrée en septembre, pourquoi sommes-nous si pressés par le temps?
« Parce que l’important, c’est le travail. Nous, modernes, nous ne sommes rien sans le travail, car le travail est foncièrement utile. Ainsi va la modernité. Les vacances nous rappellent que le temps est une invention humaine. En vacances, nous baignons pour un moment dans un monde fait d’activités en apparence " inutiles"; par exemple, contempler la beauté d’un paysage, admirer une œuvre d’art, savourer une rencontre, lire un roman, connaître une autre culture, etc. Pour celui ou celle qui, en vacances, découvre par exemple les cantates de Bach, le temps n’existe plus. »
> Un truc, pour moins courir?
« On m’accusera sans aucun doute de prêcher pour ma paroisse, mais le meilleur moyen de s’évader de l’emprise du temps, c’est de cultiver les arts et la philosophie! »
Voilà pour ces deux perspectives.
Intéressant…non !
Le présent n’existe pas car lorsqu’on songe au présent, il est déjà passé !! Ouf !
Vive le temps….passé. Et vive le futur, c’est ce qui nous tient en vie : avoir des projets, un goût de voir évoluer quelque chose, le goût de s’occuper de quelqu’un. Qui ne se rappelle pas l’excitation des premières rencontres à venir !!, des premiers voyages de planifiés. C’est encore comme c’a, même à mon âge !

dimanche 5 juin 2011

RETOUR SUR LA SPIRITUALITÉ - LA MÉDECINE ANTHROPOSOPHIQUE

C’est en lisant un article de Michel Dongois, dans la revue « L’Actualité Médicale » que j’ai appris l’existence de la médecine anthroposophique. C’est une nouveauté pour moi, il semblerait qu’elle existe depuis très longtemps en Allemagne,

En résumé, voici, tiré de l'article de M. Dongois, ce qu'est cette médecine:
"Médecine d’orientation spirituelle, elle se pose en continuité de la médecine classique. Elle « élargit » la vision conventionnelle de l’être humain décrit en seuls termes physiques et biochimiques pour le traiter dans sa réalité triple : physique, psychique et spirituelle. Un préalable, selon elle, pour « humaniser » véritablement les soins.
La médecine anthroposophique est vaste. Elle comprend, outre la mission centrale du médecin en clinique ou en cabinet, les champs suivants :  soins infirmiers, thérapies artistiques, physiothérapie, eurythmie curative, pédagogie curative et sociothérapie (activités de groupe organisées pour les malades dans un but thérapeutique : occupation, réadaptation au travail, amélioration ou restauration des communications interpersonnelles). Et dans certains endroits, les soins à domicile. Elle a des pointes d’excellence en psychiatrie et en oncologie notamment, et gère sa propre production de médicaments.
Elle est présente à des degrés divers dans une soixantaine de pays. Elle compte trois hôpitaux en Allemagne, dont un universitaire, quelques dizaines de cliniques et autres établissements."
Voici le lien Internet qui vous permettra d’en savoir plus sur cette médecine:
Pour pouvoir lire l'article, vous aurez probablement à vous inscrire au site de "Profession Santé".

En entrevue, le Dr Wolfgang Ribmann, directeur médical de la clinique Friedrich-Husemann-Klinik, en définit l’orientation: 
"La médecine anthroposophique s’adresse aux forces d’autoguérison et aux compétences propres du patient – en d’autres termes, aux forces du Moi, qui reste sain, même dans la maladie.
Il ne peut tomber malade, mais peut être empêché de s’épanouir sainement par des irrégularités physiques et psychiques"

Ce sont des concepts avec lesquels j'ai beaucoup de difficultés car, on m'a formé à ne croire qu'à ce qui a été prouvé par l'évidence basé sur les preuves. C'est pourquoi j'ai de la difficulté avec l'homéopathie et toutes les formes de médecine douce non traditionnelle, à part l'acuponcture. Je crois énormément à l’effet placébo et je suis convaincu que le succès de toutes ces formes de médecine « non traditionnelles » repose sur cet effet.

Ce qui m’intéresse dans cette forme de médecine, c’est qu’elle est d’orientation spirituelle. Quelle est la force de l’âme dans le processus de guérison ? Le gouvernement allemand doit y croire car, selon l’auteur de l’article, bien que la médecine anthroposophique se pratique en clinique privée, « l’immense majorité des malades (92%) est couverte par l’assurance publique de base »
Je ne m’étendrai pas plus sur le sujet, mais je voulais faire le lien entre les principes de base de cette « nouvelle médecine » et ma chronique du 15 mai dernier. Elle était intitulée : « LA MORT- PARTIE 2 - RÔLE DE LA SPIRITUALITÉ- exemple des moines de Tibhirine dans le film « Des hommes et des Dieux ».
À la fin de cette chronique, j’écrivais :
« La partie scientifique et rationnelle de notre pensée va se heurter à l’approche spirituelle qui mène inévitablement à un concept inacceptable scientifiquement : la présence de Dieu. »

Or, la médecine anthroposophique est basée entre autre sur la spiritualité. Voilà ce qu’a répondu le Dr Ribmann, lors de l’entrevue qu’a faite M. Dongois avec lui, aux deux questions suivantes :

« La médecine conventionnelle aurait-elle décidé de limiter d’emblée son champ d’action ?Oui, sinon pourquoi réduire l’expertise médicale aux symptômes ? Nous, médecins, devons nous interroger sur les limites de la science actuelle. Quant aux chiffres, sont-ils objectifs en soi, démontrant une vérité incontestable et immuable, ou ne sont-ils pas plutôt une mesure construite, formatée sur la base de conventions et donc, à ce titre, manipulables, discutables, imparfaits ? Et s’ils n’étaient que de simples indicateurs, à traiter comme tels ?
L’importance accordée, dans les milieux universitaires, aux données probantes, certes nécessaires, m’apparaît souvent comme un dogme, la science étant en quelque sorte la religion la plus récente. C’est peut-être aussi un rempart facile contre une certaine peur de la rencontre humaine en profondeur. J’irais même jusqu’à dire une peur de la spiritualité.(j’ai souligné)

Pourquoi la spiritualité ferait-elle peur ?Bien du monde se braque à la seule idée que l’être humain puisse être plus que son corps physique. La science académique contribue à imposer des limites arbitraires à la connaissance de l’être humain et du monde. La chape de plomb imposée à la médecine par les données probantes, à l’exclusion du reste, c’est un peu l’énigme de notre temps dans notre profession, surtout en psychiatrie.
Je souhaite que la jeune génération de médecins apprenne à dépasser, lorsqu’il le faut, ces barrières admises par pure convention. Ce qui compte, au bout du compte, c’est le mieux-être du patient. »

Alors voilà, le débat est lancé. La spiritualité fait peur car elle heurte de plein fouet la science. Si ce n’est pas prouvé, c’a ne peut exister. La formation médicale ne prépare pas du tout les futurs médecins à de tels concepts. Il est en effet beaucoup plus rassurant de se fier aux données probantes que de croire que le patient a un impact considérable sur sa propre destinée et survie, entre autre en utilisant la spiritualité. J’ai bien hâte de lire les commentaires des médecins sur cette chronique.

jeudi 2 juin 2011

LA RETRAITE – EXPÉRIENCE D’UN AN

Certains l’attendent avec impatience, leur travail n'ayant été qu'une façon de gagner leur vie, ayant été insatisfait professionnellement durant toute ou une bonne partie de leur carrière. D'autres sont aussi impatients de prendre leur retraite car ils ont regardé leur guitare, leur piano, leur ciseau à bois, leur carte du monde, etc...pendant de longues années, attendant le moment de consacrer plus de temps à leur passion.
Beaucoup d'autres la craignent, même ceux qui n'ont pas été heureux au travail. Ils ont certes hâte de faire ce qu'ils veulent, mais, s'ils n'ont pas de véritable passion ou de projet en réserve, ils se demandent eux-mêmes ce qu’ils veulent véritablement faire. Comment occuper une vie par d'autre chose, ayant passé entre 40 et 50 heures de travail par semaine, depuis presque 38 ans et consacré le reste du temps aux enfants et à la conjointe?
Certains ont le temps de la préparer et d’autres se retrouvent dans une situation où la décision de la prendre doit être rapide. Mais peut-on véritablement se préparer à la retraite ?
Je  n’ai pas pris de cours de « préparation à la retraite » et  je n’ai pas lu une ligne sur le sujet. Mes amis me disent que le contenu principal des cours de  « préparation à la retraite » porte essentiellement sur les préparatifs financiers et juridiques de la retraite. Alors la question fondamentale est : « Mais avec quoi vais-je remplacer toutes ces heures où je n’avais pas à me poser la question : mais que vais-je faire avec mon temps aujourd’hui ? » On se posait souvent la question  « mais que vais-je faire aujourd’hui?» La réponse venait rapidement après avoir jonglé entre ses responsabilités professionnelles, familiales et personnelles. Il suffisait de partager les heures de la journée entre ces trois catégories.
J’ai pris la décision de cesser de travailler le 16 mars 2010. J’ai pris cette décision de façon impulsive et pour des raisons personnelles. Le 15 je travaillais et je n’escomptais pas cesser de travailler avant décembre 2011. Le 16, je décidais de mettre fin au contrat qui me liait avec le client pour lequel je travaillais à l’époque. Quelques jours plus tard, je décidais de ne pas répondre à des nouveaux appels d’offre de services. J’ai décidé d’utiliser cette période pour "tester la température de l’eau" de l'océan inconnu qu'on nomme la retraite.
Les 6 premiers mois, ce sont des vacances prolongées. On vit un genre d’exaltation de ne plus avoir de préoccupations de nature professionnelle durant une période aussi longue. Si on décide de ne rien faire, on ne se sent pas coupable et on jouit pleinement de notre capacité à pouvoir le faire, cette occasion ne s’étant jamais présentée au cours des 38 dernières années. En effet, même en vacances, on se programme des activités car les vacances ne peuvent évidemment pas être utilisées à ne rien faire !!
Mais l’automne arrive et tout le monde retourne au travail. Il fait moins beau, souvent il pleut. On se lève, on déjeune, et on prend 1 ½ heures pour lire son journal. Pas d’activités spéciales prévues pour la journée. On tourne en rond dans la maison. On prend une marche quand même, on fait quelques courses, on répond à ses courriels, on va s’entraîner ou faire une autre activité sportive quelconque, etc…On se sent quand même heureux, mais graduellement s’installe une sorte de « blues » de la retraite où on devient ambivalent face à tout ce temps libre. S’installe aussi le « manque » de valorisation qu’apportait le réseau professionnel. On n'est plus d’autre personne que soi-même, et on est seul, même si on est en couple, car l'autre fait ses affaires.
C’est là que commence à se vivre véritablement la retraite. Comment diminuer cette quasi angoisse du temps à remplir avec des activités qui vont nous apporter une valorisation personnelle? Il ne faut plus compter sur les autres pour nous dire qu'on est bon et qu'on travaille bien. C’est pourquoi plusieurs  retraités se jettent dès le début de leur retraite dans des activités organisées, font du bénévolat, suivent des cours, etc… Ils comblent cette « angoisse » du temps à occuper, et cette relative solitude, par des activités qu’ils croient, vont les intéresser.
Je crois que cette stratégie de toujours meubler le temps, sans aller au bout de l’angoisse que cause l’absence de projet valorisant pour l’occuper, empêche les personnes de véritablement faire ce qui les valoriserait le plus. C'est au bout de cette angoisse qu'émergent les idées de nouveaux projets qui meubleront notre temps de façon à ce que nous continuions de croître personnellement. Si on comble systématiquement  les périodes de temps inoccupées par des projets, pour diminuer l’angoisse que procure la « non activité », on manque de bonnes occasions de laisser émerger ce qu'on voudrait véritablement faire avec le reste de notre vie.
Ma conjointe m’a dit un jour, elle qui est à la retraite depuis maintenant 10 ans : « À chaque jour, il faut faire quelque chose pour son cœur, quelque chose pour son corps, et quelque chose pour son âme », « âme » étant interprété comme quelque chose de spirituel ou d'intellectuel.
C’est donc en laissant s’installer progressivement cette angoisse durant quelques mois que me sont apparues les projets d’écriture et la redécouverte de la lecture des biographies des grands personnages et des grands auteurs.  Dans le fond, c'est en quelque sorte en continuité avec mon travail professionnel antérieur!  Réfléchir, c’était l’activité que j’aimais le plus et ce qui me valorisait le plus, lorsque j'en avais le temps! Réfléchir, pour bien comprendre et analyser les nombreux enjeux auxquels j'avais à faire face, et l'écriture, pour bien décrire et faire comprendre ces enjeux aux personnes concernées.
Mes nouveaux sujets de réflexion n'ont plus pour origine des enjeux de nature professionnelle, et mon écriture est maintenant la résultante de ces réflexions. Je trouve particulièrement intéressant de travailler à chercher le bon mot pour bien décrire le sujet, le verbe ou le complément!!. J'ai encore beaucoup à faire, je le sais!! J'aurais dû mieux écouter mes professeurs et mieux travailler lors de mes années au collège classique! Et de vous savoir là, à lire et quelquefois à commenter mes opinion et réflexions, c'est ma valorisation.
L'angoisse a baissé, mais son traitement est une bataille quotidienne, lorsqu'il n'y a pas de projets qui déterminent les activités de la journée (comme un voyage par exemple). Je persiste à croire que la voie que je vous ai décrite comblera le temps du retraité qui ne peut compter sur une passion déjà existante, de façon plus valorisante. Je vous tiendrai au courant de la suite des choses….ma retraite étant quand même relativement récente!.

dimanche 15 mai 2011

LA MORT- PARTIE 2 - RÔLE DE LA SPIRITUALITÉ- exemple des moines de Tibhirine dans le film « Des hommes et des Dieux »

Il y a 1 semaine, j'écrivais une première chronique qui portait sur la  mort. Elle s'intitulait : LA MORT - LE RÔLE DU RAISONNEMENT. Mais qu'arrive t'il lorsque le raisonnement ne marchera plus pour désarconner la peur de la mort, celle-ci étant devenue inévitable?Aujourd'hui, je vous entraîne sur le chemin de la spiritualité. Le film « Des hommes et des Dieux », si on est réceptif au message, peut servir de véhicule pour nous emmener sur une piste potentielle qui facilitera notre acceptation de la mort : la spiritualité.  
Des milliards de personnes sont mortes et mourront avant nous et avant moi, et la mort demeure et demeurera toujours un mystère. Certains des plus grands cerveaux de la planète y ont réfléchi. Toutes leurs réflexions et leurs conclusions nous sont disponibles. Pourtant, s’il y a une chose qui est personnelle, c’est la façon avec laquelle nous ferons face à notre propre mort, quelles que soient les conclusions des réflexions auxquelles sont arrivés les grands cerveaux. Ces conclusions pourront certes nous inspirer mais à la fin, c’est nous qui devrons confronter notre propre mort..
À l’instar de beaucoup de québécois de ma génération, j’ai non seulement rejeté le « bébé religieux », à l’adolescence, lors de la sortie du Québec de la « Grande Noirceur », mais j’ai aussi jeté par la fenêtre l’eau, le bain et même la salle de bain au complet! J’ai toujours eu des difficultés a bien recevoir et comprendre le contenu de l’enseignement religieux, entre autre parce que j’ai un problème de crédibilité avec les porteurs du message que sont les prêtres, étant toujours révolté par les nombreux paradoxes qu’entretient la hiérarchie de l’église catholique envers la société dans laquelle elle vit (rôle des femmes, avortement, homosexualité, dogmes de l’église, etc..). J’ai toujours eu et ai encore de la difficulté à faire la différence entre la spiritualité et la religion.
Pourtant, ma conjointe et moi sommes amis depuis plus de 20 ans avec deux religieuses dont la profondeur de la foi et de la spiritualité m’a toujours ébranlée et émue. Lorsque nous nous voyons, ou lors d’un repas en leur compagnie, une prière est récitée par nos deux amies. L’intensité avec laquelle elles prient, la concentration qui anime la récitation de chacun des  mots de ces prières, m’ébranlent à chaque fois. J’ai une confiance énorme dans ces messagères de la pensée spirituelle, mais pour une raison que j'ignore, malgré cette confiance, je demeure imperméable aux "ondes" spirituelles. Le mystère de la prière persiste : qu’est-ce qui fait qu’à un moment donné, on se laisse pénétrer par le message?
Il y a quelques semaines, j’ai été profondément marqué par un film que j’ai visionné avec ma conjointe et qui m’a emmené à envisager une voie de réflexion pour amadouer la spiritualité. Il s'agit  du magnifique film « Des hommes et des Dieux » du réalisateur français Xavier Beauvois. Y jouent entre autres les acteurs Michael Lonsdale et  Lambert Wilson. Ce film a gagné le premier prix du festival de Cannes en 2010. Nous l’avons tellement aimé que nous l’avons visionné une deuxième fois. Jamais ma conjointe et moi n’avons autant discuté d’un film. Le film  présente la réflexion des 9 moines qui vivent dans la petite communauté algérienne de Tibhirine, au moment des affrontements entre les troupes algériennes et les groupes terroristes, en 1996. Face à la montée du terrorisme dans leur région et face à la probabilité qu'ils peuvent aussi être massacrés, chacun d'entre eux doit donner une réponse à la question suivante: « Dois-je rester au monastère et continuer d'aider ma communauté et les villageois de Tiberhine, ou dois-je quitter?" Tous savent qu’ils sont une cible potentielle des terroristes et qu’ils ont une forte probabilité de se faire tuer. Le film raconte d’une façon magistrale et avec une cinématographie percutante comment tous ces moines en arrivent à la conclusion qu’ils doivent rester dans leur monastère et faire face à une mort potentielle. Le fil conducteur de cette réflexion est évidemment spirituel. C’est par la spiritualité que tous en arrivent finalement à accepter la possibilité qu'ils puissent mourir. Cette spiritualité est centrée sur leur rôle et leur amour pour cette communauté, dont ils sont en quelque sorte les protecteurs, et leur amour du Christ, dont ils prennent exemple, s’étant lui-même sacrifié il y a quelque 2000 ans pour "sauver" ceux qu'il aimait. Une des plus belles scènes de ce film nous rappelle "la dernière scène".  Lors de l’un des derniers repas, sur la musique du "Lac des Cygnes", la camera fait le tour des visages de chacun des moines. Après avoir été torturé par l’intensité de leur réflexion, chacun d'entre eux réalise qu'il est maintenant confortable avec l'idée qu'il peut mourir, car de façon rationnelle, ils ont tous pu faire le lien entre leur rôle sur terre et la conséquence de ce rôle qui peut être leur mort potentielle.
Ce film ne m'a pas converti! Mais il m'a profondément touché parce qu'il nous présente d'abord le mode de vie d'un groupe d'hommes intelligents qui ont choisi une vocation qui leur permet de vivre intensément leur spiritualité. Je ne peux faire autrement que de me poser la question : comment ces hommes en arrivent-ils à laisser leur profession et métier antérieur pour épouser cette vocation? On note dans le film l’absence de tous les symboles et de toutes les autorités présentes dans la hiérarchie de l’église catholique, les moines vivant très humblement dans leur monastère: le message est "pur"; on sent qu'il vient de la profondeur de l'esprit de chacun d'entre eux. Ceci facilite grandement notre propre réflexion face à leurs interrogations. Puis finalement, ces hommes prennent la décision de rester en utilisant la prière comme méthode de réflexion. Le mystère de la prière persiste pour moi, mais manifestement il a fonctionné pour ces hommes.
Je trouve donc rationnellement plus intéressant de commencer à trouver une signification à la mort par une explication à travers la spiritualité que d’attendre à la dernière minute ou tout simplement renoncer à réfléchir à la mort, qui est la fin de notre existence sur terre même si, à prime abord, la spiritualité va à l’encontre d’une vision rationnelle du monde. La partie scientifique et rationnelle de notre pensée va se heurter à l’approche spirituelle qui mène inévitablement à un concept inacceptable scientifiquement : la présence de Dieu. Je recevrais volontiers des suggestions de lecture pour approfondir ces notions.
A suivre…..

samedi 7 mai 2011

RÉFLEXION SUR LA MORT – PARTIE 1 - LE RÔLE DU RAISONNEMENT

Je change de registre, quittant momentanément la politique(?), la littérature et les voyages, pour partager avec vous une réflexion sur la mort que j’ai eue pour la première fois lorsque pour la première fois de ma vie, ma santé a été ébranlée.
Il serait probablement faux de dire que personne ne pense jamais à la mort. Ce mot apparait quelquefois dans nos esprits et, dépendant de notre humeur, attitude ou de la personne avec laquelle on converse, on le laisse prendre de la place, en sachant que ce n’est pas pour tout de suite, mais en se disant qu’un jour ou l’autre, on devra probablement l’affronter. Avant de connaître soi-même des doutes sur sa santé ou sa survie "temporelle", la pire situation est probablement celle des salons funéraires où on confronte la mort de face, particulièrement lorsque c’est une personne chère qui est décédée. Mais encore là, la mort est celle de quelqu’un d’autre et elle ne nous réfère pas à notre propre mort. On est triste pour la personne, mais on n’a pas peur de mourir parce que la personne aimée est décédée. Du moins habituellement, je pense. La mort est donc un mot qu’on ne place même pas dans son contexte lorsqu’on en parle parce qu’on ne veut habituellement pas aller jusqu’ à se voir « mort » et laisser aller son esprit sur ce qui devient avant, immédiatement avant, durant et après que le mot ait véritablement pris forme.
Là, vous vous demandez sûrement où je veux en venir, car je suis loin d’être en train de mourir, rassurez-vous. Je veux simplement vous dire que je me suis rapproché du mot, que je l’ai laissé me pénétrer un peu plus et que je me suis laissé aller plus loin que je ne me suis jamais laissé allé dans la situation de mourir lors des évènements de mars et avril dernier.
Le 8 mars dernier, j’ai passé une coloscopie de dépistage, 6 ans après en avoir passé une qui était négative. On arrive confiant, et on se dit qu’on doit passer au travers d’un épisode inconfortable qui aura le mandat de nous rassurer sur notre état. Ce ne fut pas le cas car au cours de l’examen,  soudain, apparait « live », devant toi, une tumeur; une tumeur qui t’appartient. Le ton change dans la salle, on passe du badinage au sérieux. C’est de la téléréalité à son plus fort. Explication rapide, confiance du chirurgien qui fait l’examen que ce n’est pas un cancer, mais on devra enlever la tumeur. Encouragement du chirurgien, on va faire cela rapidement mais on doit attendre le rapport de la pathologie. Je le vois faire les deux biopsies et injecter de l’encre de chine en aval et en amont de la tumeur pour le guider lorsqu’il ira l’enlever par laparoscopie. C’est à toi qu’on fait c’a, pas à quelqu’un d’autre. C’est la « personnalisation des soins » à son maximum!!
De retour dans la salle pré examen, je suis assommé, littéralement assommé. Attristé par ce qui m’arrive, n’y croyant presque pas, mais devant me rendre à l’évidence : Je l’ai vu « live », la tumeur. Faut donc y faire face.  C’est l’incapacité de communiquer et la recherche des mots pour tenter d’expliquer ce que je ressens qui est à ce moment difficile. Mais le mot « Mort » commence à apparaître dans mon esprit et à se  frayer un chemin. Il passe devant les autres mots plus facilement. Il a enfin une justification à ce que je doive l’utiliser pour moi, dans un contexte certes très probabiliste, mais néanmoins  très réel. Au début, je le laisse pénétrer mon esprit et je le contrôle en l’empêchant cependant de prendre trop de place. Je me vois dans le commerce de fruits et légumes poussant le carrosse et répondant machinalement aux questions de ma conjointe sur les choix des fruits et légumes qu’on devrait acheter. Je ne suis tout simplement pas dans le commerce, je suis ailleurs.
C’est le raisonnement qui permet à l’esprit de ne pas se laisser envahir par le mot « la mort ». Mais qu’en sera-t-il si le résultat de la pathologie indique qu’il y a un cancer? Comment alors le raisonnement pourra t’il encore jouer son rôle de défenseur du maintien de l’équilibre psychique, en évitant entre autre de céder à la panique, par exemple?.
Je décide de jouer le jeu dans lequel le mot « mort » veut m’entraîner et je me laisse aller jusqu’au décès. Je me vois dans ma tombe et j’imagine la tristesse de mes proches. Cette première expérience avec la mort se concentre donc plus sur les réactions anticipées des autres face à ma mort  que sur mes propres réactions et peurs avec ma propre mort! C’est un peu narcissique de ma part! Je suis peiné de voir que beaucoup de gens seront peinés lorsque ma mort arrivera. Je me vois même écrire ma propre notice nécrologique. Bizarre, vraiment. Mais qu’adviendra-t-il de moi lorsque je serai mort? Qu’arrive-t-il avant la mort? Rien de tout cela fait partie de ma réflexion car je décide de repousser le mot « mort » en arrière de la ligne.
Les résultats de la pathologie me sont annoncés : c’est une tumeur villeuse, donc pas de cancer. Ouf….mais la chirurgie aura lieu le 14 avril prochain. Plus l’échéance arrive, plus le maudit mot « mort »commence à revenir et passer avant les autres mots lorsque je veux décrire comment je me sens. C’est par la peur qu’elle se manifeste, la mort : elle est sournoise; elle t'habite, elle est comme un feu qui sommeille sous les feuilles et qui pourrait s'enflammer à tout moment.
 Je me sens confiant mais il y a toujours cette petite possibilité. Ce n’est quand même pas un vaccin que cette chirurgie là. « On sait bien, les complications arrivent aux médecins, infirmières et aux parents de ces professionnels ». C’est vraiment une fable qui court dans le réseau de la santé. On se rappelle évidemment plus des complications qui sont arrivées aux collègues de travail et à leur famille qu’aux personnes  qu’on soigne habituellement, mais les chiffres ne doivent pas démontrer cette fable, du moins je le pense…..
Je me vois avec une complication reliée à l’anesthésie, branché à un ventilateur et je vois ma famille autour de moi qui se demande quoi faire? Vraiment bizarre. Il doit y avoir un rapport entre la personnalité de la personne et son approche face à la mort. Ces réflexions ne durent évidemment pas, à cause du raisonnement. Cette capacité d’évaluer et de placer les évènements dans leur ordre logique permet de conserver toute sa capacité de faire face aux mots qui font peur.
Je suis maintenant de retour à la maison. Tout a très bien été. C’est même une expérience très positive qui me permet d’apprécier le professionnalisme incroyable qu’il y a dans ce réseau qu’on décrit tellement négativement. Le mot « Mort » a repris sa place à l’arrière du peloton des autres mots, pour l’instant. Je préfère encore le conserver dans cette place car j’ai bien compris qu’une fois que le raisonnement ne me permettra plus de le rejeter, je devrai lui faire face de front, avec toutes les conséquences que ceci aura. Le raisonnement  permet d’accorder une probabilité virtuelle à la mort et, lorsque cette probabilité n’est pas 100%, il réduit la peur qui accompagne généralement la réflexion poussée sur la mort. C’a veut donc dire qu’il va falloir trouver un moment pour lui permettre de revenir du fond de la ligne des mots et réfléchir un peu profondément à sa signification. L’âge avançant (sic!!), l’échéance se rapproche.
Dans le prochain « blogue », je vous présenterai une piste que je vais explorer un peu plus, la piste spirituelle, à partir des impressions, discussions et réflexions qui ont suivi mes deux visionnements du magnifique et extraordinaire film de Xavier Beauvois, « Des hommes et des dieux ».