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jeudi 6 juin 2013

DEUXIEME INTERMEDE AU VOYAGE EN CHINE - UNE HISTOIRE DE COLOSCOPIE


DEUXIEME INTERMEDE AU VOYAGE EN CHINE - UNE HISTOIRE DE COLOSCOPIE - LE 6 JUIN 2013

J’ai débuté l’écriture de ce blogue en avril 2011. À cette époque, je me relevais d’une chirurgie du colon (hémi colectomie du colon droit) à cause de la présence d’une tumeur villeuse découverte fortuitement lors d’une coloscopie de « routine ». Il fallait enlever cette tumeur car la probabilité qu'elle se transforme en cancer dans les 10 prochaines années était importante. Je ressentais le besoin de partager l’expérience de cette chirurgie et du séjour hospitalier qui en découla. J'ai donc écrit 4 blogues qui portaient sur cette expérience. Or, quelques semaines plus tard, le rapport de pathologie indiquait qu’à l’intérieur de la tumeur villeuse, on avait découvert un adénocarcinome (cancer) minime d’à peine 0,2mm. J’avais reçu cette information comme si j'avais été frappé par une tonne de briques, même si toutes les statistiques me plaçaient dans la colonne des personnes « guéries ». Le chirurgien m’avait demandé de subir une colonoscopie de contrôle 1 an après sa chirurgie, j’avais décidé d’attendre deux ans.
Avant de partir pour la Chine, j’ai donc appelé la centrale des rendez-vous pour subir ma coloscopie. À mon retour de Chine, j’avais un message de la secrétaire de la rappeler. Je communique avec elle le vendredi 31 mai et, à ma grande surprise, elle m’offre le vendredi 6 juin, soit aujourd’hui.
Toutes les craintes que j’avais vécues suite au diagnostic de cancer deux années auparavant sont réapparues subitement. Mon raisonnement, même si cliniquement justifié, se laissait envahir par la peur du retour de la maladie dont le nom débute avec un grand « C ». Brusquement, j’étais projeté dans la morbidité. Ma vie, que je tente tout le temps de ne pas laisser à la fatalité, était dorénavant entièrement entre les mains du destin. Quoique je croie ou fasse maintenant, je ne pouvais plus rien influencer. Je raisonnais qu’il y a 7 ans, tout était normal. Il y a deux ans, il y a eu cette tumeur villeuse avec ce minuscule cancer qui a été enlevé, avec tous les vaisseaux sanguins et lymphatiques. Mais j’avais regardé le chirurgien effectuer la procédure et je pensais tout le temps qu’il allait un peu vite : peut-être avait-il manqué une autre tumeur. J’ai eu cette idée-là dans la tête depuis deux ans. Aujourd’hui, je réalise que je n’aurais jamais dû regarder la procédure. Le chirurgien en fait 500 par année depuis 20 ans, il doit savoir comment faire!!
Je me suis donc présenté ce matin, après une préparation colique qui est vraiment, mais vraiment dégueulasse : diète liquide de 24 heures, 4 litres de Colyte, boisson hyperosmolaire qui vide littéralement le tube digestif de tout ce qu’il peut contenir, et deux comprimés de Dulcolax, laxatif puissant. Deux des quatre litres ont dû être pris entre 4h00 et 5h00 am !! Toute une nuit.
Je me suis apporté un livre intéressant mais dur, pour être sûr de ne pas penser à ce qui s’en venait : « La main d’Iman » de Ryad Assani-Razaki, prix Robert Cliche 2011. Le chirurgien a procédé à la coloscopie. Je le connais depuis des années. Je lui ai dit que je ne voulais pas de sédation et que je ne désirais par regarder l’opération. Nous avons parlé de voyage et de golf tout au long de l’examen, entre deux manœuvres de l’appareil et les crampes qui en découlent et autres "phénomènes naturels" qui se passent lors de cet examen!!. Lorsqu’il a retiré l’appareil complètement de mon derrière et qu’il a dit : « Fini », je lui ai demandé : « Comme c’a, tout est normal ? » Il m’a répondu : « Oui ». J’aurais pu l’embrasser. 
La peur que je ressentais régulièrement depuis deux ans, quelquefois de façon plus consciente que d’autre, et celle, plus aiguë, dans laquelle que je vivais depuis une semaine, ont subitement disparues.  La vie reprend son cours normal. La journée est belle, les projets redeviennent soudainement intéressants, et on a le goût d'en faire d'autres. La peur a cette caractéristique intrinsèque d'inhiber la création des projets. Elle nous empêche de nous envoler vers l'espoir.
Je comprends aujourd’hui que je dois dès maintenant tenter de m’approprier les réactions que je vivrai lorsque je rencontrerai des difficultés avec ma santé dans le futur, réalité aussi certaine que celle de la terre qui tourne autour du soleil. À un moment donné, la mauvaise nouvelle va vraiment tomber et je ne peux pas et ne veux surtout pas arrêter de vivre. Mais est-ce que c’a se prépare ? Y a t’il des recettes ? Est-ce que chacun vit sa maladie de sa façon ? C’est probablement cela. Tout se vit individuellement, mais quelque part, se préparer à la maladie et à la mort, c’est peut-être important de le faire. J’apprécierais vos commentaires.
Mais maudit que c’est beau la vie lorsqu’on a eu peur d’en perdre une partie !!

jeudi 30 août 2012

QUI SÈME LE MÉPRIS RÉCOLTE LA HAINE

J'ai eu la permission de reproduire cette opinion d'un bon ami, le Dr Jacques Frenette, concernant la proposition de la Coalition Avenir Québec sur la santé. Ce groupe politique promet 1 médecin de famille par personne au Québec 1 an après son élection au pouvoir.
Cette opinion a paru dans la version du journal Le Devoir du 29 août 2012.
J'entérine cette opinion. Ce regroupement politique vit avec la pensée magique dans plusieurs secteurs de l'économie québécoise. C'est l'approche "scie-à-la-chaîne" qui prédomine. Ce n'est certes pas dans notre culture québécoise. Si 200$ d'augmentation de frais de scolarité ont pu entraîner la société québécoise dans une crise sociale sans précédent, imaginez lorsque le programme de la caq va être implanté!


"Le Dr Barrette risque fort d'être impuissant!

Le choix de M. François Legault d'annoncer en début de campagne qu'il a l'intention de confier au Dr Gaétan Barrette les dossiers de la Santé, en particulier de trouver un médecin de famille dans l'année me fait douter du jugement de M. Legault.

À mon avis, M. Barrette est le pire candidat pour demander aux médecins omnipraticiens, jeunes ou âgés, d'en faire un peu ou beaucoup plus. Comme médecin de famille et médecin d'urgence, j'ai senti du mépris et de l'arrogance de sa part à maintes reprises dans ses déclarations et dans les publicités payées à grands frais par les membres de son syndicat. D'ailleurs plusieurs collègues spécialistes m'ont fait part de leur malaise et  m'ont transmis leurs excuses au sujet des propos de leur président.

Il me semble que pour M. Legault et M. Barrette, la seule façon de faire bouger quelqu'un qui s'est senti méprisé est la force. Rappelons nous que  M. Legault, alors ministre de la Santé, a déjà envoyé un huissier chez un médecin d'urgence de Québec pour qu'il fasse une garde au Saguenay. Les crises des urgences de  Jonquière et de Shawinigan, n'ont pas été réglées par la force. La coercition et l'intimidation ne pourront certainement pas donner à tous les québécois l'accès à un médecin de famille dans la prochaine année.

Le Dr Bolduc et éventuellement le Dr Hébert, peuvent continuer le travail fait au cours des dernières années pour faciliter l'accès aux soins de première ligne en collaborant avec le Collège Québécois des médecins de famille, la FMOQ et les universités. Depuis quelques années, de plus en plus de gradués des quatre facultés de médecine du Québec choisissent la médecine familiale et la médecine d'urgence comme carrière.

En exigeant la garantie  de pouvoir reprendre sa place de président de la fédération des médecins spécialistes, advenant un échec comme candidat ou comme ministre,
M. Barrette montre un symptôme qui conduit souvent à l'impuissance: l'anxiété de performance. Je vous laisse imaginer quelles seront ses relations avec le prochain ministre de la Santé du Québec."

présentation:

Dr Jacques Frenette, médecin de famille en pré-retraite, est membre actif à l'UMF Laval du CSSS de la Vieille Capitale. Il a travaillé 33 ans à l'urgence de l'hôpital Laval. Professeur titulaire au département de médecine familiale de l'Université Laval jusqu'en septembre 2011, il a fait plusieurs présentations et publications sur les thèmes des relations médecin-malade, des relations enseignant-enseigné, de l'évaluation des programmes de formation médicale et sur le développement de l'enseignement médical en région. Expert pour le CMQ et pour l'ACPM, il a été consulté dans plusieurs dossiers de discipline et de responsabilité médicale.

mardi 26 avril 2011

UNE CHIRURGIE ET UNE HOSPITALISATION COMME UNE AUTRE!? –partie 3 de 3

L'HOSPITALISATION EN POST-OPÉRATOIRE
Durant les 3 jours qu'a durée mon hospitalisation, se sont succédés une série d'infirmiers, infirmières, préposés et préposées tous et toutes plus accueillantes, rigoureuses  et professionnelles les unes que les autres. On remarque d'abord un grand sens de responsabilisation et de prise en charge de leurs patients. Une anecdote remarquable: au deuxième jour, un nouveau patient a été hospitalisé dans l'autre lit de ma chambre, à la fin du chiffre de nuit. Le matin, un brancardier s'est présenté à la chambre pour venir chercher le patient pour un examen en radiologie. L'infirmier responsable de ce patient, qui venait d'arriver, n'a pas voulu laisser aller son patient avant de le connaître comme il faut. Il a fait son histoire, pris ses signes vitaux et, rassuré que le patient pouvait être "brancardé" en toute sécurité en radiologie, a laissé partir son patient. C'est rassurant de voir du personnel aussi bien intentionné que lui dans le réseau. J’ai senti que toutes les personnes qui se sont occupées de moi avaient ce désir de bien me prendre en charge. Si une infirmière se présentait dans ma chambre et ne me connaissait pas, elle vérifiait avec le bracelet si j'étais bien la bonne personne avant de me donner un quelconque médicament ou ajuster les débits des nombreux solutés qui coulaient dans mes veines. Je n'ai pas vu de laisser aller, malgré une charge de travail qui me semble importante. Seul point à améliorer, à mon avis : le travail des préposés ne me semble pas coordonné avec celui des infirmières. Les préposées qui se présentaient à ma chambre étaient toutes accueillantes et désireuses de m'aider, soit par l'aide à la marche, par l’aide pour se laver ou toute autre tâche, mais elles semblaient toujours surprises de ma rapidité à me mobiliser moi-même. Autrement dit, elles entraient dans ma chambre avec l'objectif de m'aider à marcher. Ceci veut dire qu'il ne semble pas y avoir de communication entre les infirmières et les préposés. Leur plan de travail me semble indépendant.
LA POMPES ACP (ANALGÉSIE CONTRÔLÉE PAR LE PATIENT)
C'est la huitième merveille du monde!! Lorsqu’on sait comment elle marche! On nous l'apprend à notre arrivée dans notre chambre, lorsqu'il y a encore quelques vapeurs anesthésiques qui diminuent notre capacité de se concentrer sur les instructions reçues. Il faudrait probablement répéter les instructions 4 heures après l'arrivée du patient dans sa chambre. Je n'ai donc compris son fonctionnement que le lendemain matin, m'ayant uniquement injecté deux doses de 1,5mg durant la nuit. J’étais donc pas mal souffrant lorsque j'apprenais, le matin, qu'on peut s'injecter jusque 7,5 doses de 1,5mg à l'heure (une dose toutes les 8 minutes). Ne vous en faites pas, je me suis repris!!
Merveilleuse invention, elle permet d'abord de soulager le patient au rythme où il le désire, libérant ainsi le personnel de l'obligation de devoir distribuer des injections de narcotiques et de répondre à des appels. La sensation de flottement et de quasi euphorie donnée par la morphine, malgré la sensation de douleur qui est quand même toujours persistante, est vraiment extraordinaire et c'est tout à l'honneur des patients de renoncer à un tel plaisir une fois qu'il n'est plus requis!. Je suis quand même surpris par le faible niveau de douleur que cause une telle chirurgie qui est quand même assez invasive. On ne la ressent que lors des mouvements de déplacement et lorsque le péristaltisme abdominal recommence (le fonctionnement naturel des intestins)
LA SONDE VESICALE
Le problème que j'anticipais le plus était de ne pas pouvoir uriner de nouveau suite au retrait de la sonde vésicale. C'est ce qui est arrivé!! On m'a retiré la sonde 24 heures après ma chirurgie, ce qui m'apparaissait un peu trop rapide. Je ne sentais aucun mouvement dans mon abdomen, les organes étant encore "sous le choc" de la chirurgie. J'imagine que le mouvement naturel de la vessie était lui aussi perturbé. On m’a donné 6 heures pour uriner "naturellement". Malgré l’indulgence d’une infirmière, même après 8 heures, je ne ressentais pas la moindre petite sensation d'envie. Une sonde à ultra sons a démontré qu'il y a plus de 400 cc dans ma vessie. On devait donc me faire un cathétérisme vésical. C’à ou se faire arracher une dent sans anesthésie, c'est la même chose!. Quelle sensation de douleur atroce. Heureusement que la très jeune infirmière qui a procédé au cathétérisme l'a fait rapidement. En voyant cette jeune femme procéder au cathétérisme, je me demandait si elle avait de l’expérience car je me disais qu'il ne faut pas qu'elle manque son coup. Elle ne l’a pas manqué. Elle a été même très rapide pour trouver le passage dans la prostate,  mais entrer des lames de rasoir dans le pénis ou ce cathéter avec un bec courbé, c'est la même chose!
Huit heures plus tard, à 2 heures du matin, je sentais l'envie naturelle d'uriner. J'anticipais avec tellement d'horreur la probabilité de devoir subir un autre cathétérisme vésical que l'arrivée des premières gouttes d'urine par la miction naturelle valait 1$ million!! Le plan de soins devrait être ajusté et la sonde devrait demeurer au moins 36 heures, ou au moins jusqu'au retour du péristaltisme abdominal.

L'ÉQUIPE MÉDICALE
Tous les matins, l'externe, puis le résident junior et quelquefois le résident sénior se présentaient et faisaient le bilan de ma situation. Tous aussi courtois, gentils, et professionnels. J’ai évidemment choisi mon chirurgien. Celui-ci a une excellente réputation de chirurgien du colon, il est spécialiste des anastomoses difficiles, lorsque les tumeurs sont près du rectum et de l'anus.  Il est aussi le chef du service de chirurgie générale du CHUQ. Je l’ai bien connu lorsque j’étais le directeur des services professionnels de l’hôpital. On lui reproche un caractère un peu difficile, mais tous savent que sous ce masque, se cache un chirurgien d'une grande compétence qui se prend entièrement la charge et la responsabilité de son patient.

LE DÉPART
Trois jours plus tard, je suis prêt pour le départ. Je peux manger sans éprouver de nausées, j'ai uriné seul(!), je passe des gaz régulièrement, je peux marcher, et ma douleur est sous contrôle. Il est sût que ma mise en forme avant la chirurgie ait grandement aidé.
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CONCLUSION
J'ai déjà vu un film intéressant avec Harrison Ford (je crois). Celui-ci joue le rôle d'un gastro entérologue. Dans le cadre de leur formation, il soumet ses 4 résidents à un séjour bidon aux soins intensifs et à un lavement baryté, pour les sensibiliser aux conséquences de leurs prescriptions sur les patients. Comme administrateur, il faudrait peut-être faire la même chose, c’est-à-dire subir l’expérience « patient », pour vivre la relation « soignant-soigné », particulièrement lorsqu’on est un gestionnaire qui est loin des activités. Je sors de cette expérience en ayant expérimenté la force phénoménale qu'a une excellente équipe de soins sur la qualité des soins. Car c’est là que réside l’avenir de notre système de santé: le professionnalisme « inné » chez les médecins et les infirmières. On sent vraiment que le patient est au cœur de leurs préoccupations. On n’entre pas dans ces professions si on ne veut pas aider et soigner les autres. Ma première impression, et je réfléchirai davantage la dessus au cours des mois qui suivent, est que le rôle des gestionnaires devrait d’abord être centré à mettre en place les conditions gagnantes qui permettront aux équipes de soins de mieux faire leur travail dans une quasi autonomie, à l’intérieur des balises financières qui leur sont octroyées.   
Je sors aussi de cette expérience avec le sentiment qu’au Québec, nous avons réussi à mettre en place un système de santé extraordinaire, une fois que nous y avons accès. Le problème est d’avoir accès à certains services (médecins de famille, orthopédie et ophtalmologie en particulier). Le fait de ne pas avoir à se préoccuper des coûts des services qui nous sont prodigués est déjà un avantage incroyable que nous prenons malheureusement, je crois, pour acquis. Je reviendrai aussi la dessus lors d’une prochaine entrée de blogue.
Finalement, lorsque j’étais directeur des services professionnels, j’avais souvent à arbitrer l’allocation des lits entre les patients qui devaient être hospitalisés et qui étaient entrés par l’urgence, et ceux qui, comme moi, avaient une admission élective, pour une chirurgie, lorsqu’il ne restait plus de lits de disponibles dans l’hôpital. Probablement par réflexe, je me rappelle avoir tout fait pour ne pas annuler une admission élective parce que la demande des lits en provenance de l’urgence était trop forte. Maintenant je suis encore plus convaincu qu’il faut traiter les lits de chirurgie élective comme un deuxième hôpital dans l’hôpital, indépendant du fonctionnement de l’urgence. Lorsqu’on est cédulé pour une chirurgie comme la mienne, on monopolise toutes ses énergies physiques et mentales à gérer les efforts physiques et le stress qui sont associés à la chirurgie, on monopolise sa famille et ses proches, on prend des congés du travail, etc…Si on avait dû annuler « mon cas », j’aurais certes dû l'encaisser, on n’a pas vraiment le choix, mais je ne suis pas sûr que ma préparation aurait été la même la deuxième fois. À côté de moi, dans la salle où on attendait avant d’entrer à la salle d’opération, il y avait un jeune homme qui s’y présentait de nouveau, pour la quatrième fois(!), afin de se faire opérer pour une hernie inguinale bilatérale par laparoscopie. Son cas avait été annulé les trois autres fois pour toutes sortes de raisons!

samedi 23 avril 2011

UNE CHIRURGIE ET UNE HOSPITALISATION COMME UNE AUTRE!? –partie 2 de 3 – LE PRÉ OPÉRATOIRE ET LA CHIRURGIE

Le dénominateur commun de toutes les activités et les actes professionnels auxquels j'ai été soumis lors de mon hospitalisation peut se résumer ainsi:
SOURIRE, COURTOISIE, RIGUEUR, SÉCURITÉ ET PROFESSIONNALISME.
Que ce soient les activités préparatoires à la chirurgie organisées par l'équipe de l'Unité d'accueil en chirurgie ou la chirurgie et l’hospitalisation qui ont suivi, tous les personnels et professionnels avec lesquels j’ai été en contact ont été d'une courtoisie exemplaire avec moi. Je dois ajouter que le fait que j’aie été Directeur dans cet établissement n’a pas joué car personne ne m’a reconnu; j’ai quitté l’établissement il y a maintenant 15 ans.

LE PRÉ-OPÉRATOIRE
Je me suis préparé pour subir cette chirurgie comme si je m’entraînais pour courir un marathon. (si mes deux collègues et amis belges me lisent, ils doivent rigoler, eux qui passent une partie de leurs vacances à courir les marathons dans des villes différentes; leur entraînement doit être un peu plus éreintant que le mien!). Même si je maintiens généralement une bonne forme physique, un mois avant la chirurgie,  j'ai augmenté la cadence et la durée de mon jogging habituel, ajouté des étirements et pratiqué le yoga avec mon moniteur privé, ma conjointe, qui en fait depuis plus de 20 ans. J'ai ajusté mes portions alimentaires pour revenir à mon poids santé puis finalement, j'ai cessé la consommation d’alcool une semaine avant la chirurgie. Je crois qu’après un certain âge, cette mise en forme est bénéfique. De rares articles mentionnent le lien entre le conditionnement physique et une meilleure récupération..

À l’Unité d’acueil de chirurgie, où se font tous les examens une semaine avant la chirurgie, les "Bonjours - Comment allez-vous" ont été présents à chaque rencontre, les indications et les instructions claires et les rendez-vous, à l'heure. Je souligne la qualité du "Guide d’accompagnement pour la chirurgie colo-rectale avec anosthomose" qui m'a été expliqué par une infirmière et qui m’a été remis. J’ai relu ce guide au moins 2 fois avant la chirurgie.
L'admission m'appelle la veille en me disant de me présenter à la chirurgie d'un jour le lendemain, à 8h30. Je ne serai donc pas le premier patient opéré par mon chirurgien. Il se sera pratiqué sur un autre avant moi!!

LA CHIRURGIE
Le processus débute à la chirurgie d'un jour où la préposée à la réception, de façon courtoise et polie, m'informe de la suite des évènements, m'enregistre, et vérifie pour la première fois les informations apparaissant sur le bracelet que je porterai tout le long de cette hospitalisation. Après une attente d'à peu près une heure,  une préposée de la chirurgie d'un jour se présente avec le sourire et m'invite à me "transformer" en patient. Se transformer en patient, c'est enfiler la fameuse jaquette d'hôpital!. C'est là que débute le sentiment de dépendance envers les autres. Pour ne pas qu'on se promène les "fesses à l'air", on nous fournit une robe de chambre, ce qui permet à la fois de nous réchauffer (on a plus froid lorsqu'on est craintif) et de conserver un brin de modestie(!), même à mon âge. Elle informe par la suite ma conjointe de la suite des évènements de la journée, lui fournit les numéros de téléphone qu'elle pourra appeler pour connaître le numéro de la chambre qui me sera allouée et l'heure à laquelle j'y serai transféré. Puis, vient le moment de la séparation. Je crois que ma conjointe est plus nerveuse que moi! Il est probable que les conjoints vivent plus d'angoisse que nous, ne pouvant ressentir ce que nous ressentons et étant eux-aussi impuissants face aux évènements qui seront programmés. Je suis ensuite pris en charge par une infirmière de la chirurgie d'un jour qui m'accueille elle aussi avec le sourire. Elle vérifie si je suis bien le bon patient qui est inscrit sur la liste opératoire, vérifie de nouveau le bracelet et ses informations, revérifie les allergies, prend mes signes vitaux et m'indique comment me diriger au bloc opératoire par moi-même. Je remarque par ce geste qu’on a cessé d'infantiliser les patients en leur fournissant toujours un brancardier pour leurs déplacements dans l'hôpital. J'arrive donc au bloc opératoire seul, et y suis accueilli encore une fois par la personne à l'accueil qui se présente, elle aussi sourire au visage. Elle vérifie mon bracelet, vérifie une fois de plus les allergies, m'indique la chaise où je m'assoierai en attendant mon tour. Elle me demande finalement si je désire une couverture et si oui, doit-elle la placer  sur les épaules ou sur les jambes (!). Je suis renversé par la pertinence et la qualité de ce service en apparence bénin. On est bien, on a chaud et il y a tellement d'activités autour de nous qu'on en oublie notre nervosité. La résidente en anesthésie se présente avec le sourire, me rassure sur les médicaments qui me seront administrés, m'informe de la façon dont l'anesthésie fonctionnera, vérifie le fonctionnement de mon articulation maxillaire, pour ne pas avoir de surprise lors de l'intubation, regarde ma gorge et refait un questionnaire médical sommaire. L'anesthésiste suit, peu de temps après. Elle se présente elle aussi avec le sourire et elle me rassure de nouveau sur mes inquiétudes face à la médication qui me sera administrée (j'ai déjà eu des réactions paradoxales avec des médicaments utilisés lors d'anesthésies antérieures il y a 25 ans). Arrive le résident en chirurgie qui lui aussi se présente avec le sourire et finalement mon chirurgien, qui vient me donner le dernier mot d'encouragement.
La table est mise, reste plus qu’à attendre encore un peu.
Finalement, arrive l'infirmière de la salle d'opération qui se présente elle aussi avec le sourire. Elle m’invite à marcher avec elle vers la salle d'opération. Je me couche moi-même sur la table d'opération!. Tout un changement avec ce qui se passait auparavant où on arrivait sur une civière! C’est "gagnant-gagnant". C'a requiert moins de personnel qui brancarde et c'a nous donne confiance. C'a nous permet aussi de voir tout ce qu'il y a dans une salle d’opération, ce qu'on ne peut pas faire lorsqu'on est couché sur une civière et qu'on regarde par en haut(!).
Une fois couché, c'est la sensation de dépendance et d’impuissance totale. LA TOTALE. L’impuissance devant notre incapacité d’exercer le moindre petit contrôle sur ce qui va survenir à partir de ce moment. L'inhalothérapeute se présente, elle aussi avec le sourire. Elle explique ce qu'elle va faire. J'ai le temps de lui dire qu'une de mes meilleures amies est aussi inhalothérapeute à l'Hôtel-Dieu de Québec (qui fait partie du même établissement), ce qui déclenche aussitôt dans la salle d'opération une réaction qui m'a fait rigoler. "On sait bien, il est ami avec les inhalothérapeutes de la Haute Ville, pas avec celles de la Basse Ville" Les stigmates "Haute-Ville-Basse-Ville" sont toujours présents, même 15 ans après la fusion!! Après ces plaisanteries, la résidente en anesthésie et l'anesthésiste se présentent de nouveau et on m'applique un masque avec une ventilation à 100% d'oxygène. Encore un changement : on administre plus de médicaments en préopératoire, du moins pour un cas comme moi. Ce sera la dernière chose que je me souviendrai de la salle d'opération car la prochaine chose qui m'arrivera, c'est le réveil.
Pour ceux et celles qui voudraient voir comment on procède pour faire une hémi colectomie par laparoscopie, il existe une multitude de videos sur You Tube; en voici un exemple http://www.youtube.com/watch?v=Kw2XADiUyxU

Et quel réveil!! Très peu de douleurs et aucune nausée, juste le sentiment que j'ai passé avec succès la première étape. Les prochaines heures sont vagues. Mon premier vrai souvenir est mon arrivée dans ma chambre au A6 Est ou on s'attroupe autours de mon lit pour me transférer de la civière opératoire au lit. IL est environ 15h30, soit la fin du chiffre de jour. Aucune anicroche; encore là le sourire, les mots de bienvenue, la réassurance sur mon état. Je m'aperçois que je peux converser et comprendre ce qui m'arrive, à peine 5 heures après le début de l'anesthésie. Les progrès scientifiques en anesthésie sont remarquables : les nouveaux médicaments utilisés en anesthésie sont beaucoup moins toxiques et plus ciblés.
Prochaine publication: l'hospitalisaiton et la conclusion

vendredi 22 avril 2011

UNE CHIRURGIE ET UNE HOSPITALISATION COMME UNE AUTRE!? –partie 1 de 3

Le 8 mars dernier, je subissais une coloscopie longue de dépistage, 6 ans après en avoir passé une dont le résultat avait été négatif. On a découvert dans le colon ascendant (droit) une tumeur villeuse (tumeur pré cancéreuse) de 4 cm. J'ai été opéré et hospitalisé à l'hôpital Saint François d'Assise qui fait partie du Centre hospitalier universitaire de Québec, du 14 au 17 avril dernier. J'ai subi une hémi colectomie du colon ascendant (enlever le colon droit au complet) par laparoscopie pour enlever cette tumeur.
Je veux vous raconter mon histoire pour plusieurs raisons. D’abord, le cancer du colon est le deuxième cancer le plus mortel au Canada après le poumon, et il peut être dépisté à un stage précoce, ce qui m’est arrivé.

Ensuite, ayant été gestionnaire dans le réseau de la santé durant près de 25 ans, mon expérience comme patient dans le système m’a permis d’y expérimenter une facette que je soupçonnais, certes, mais que je n’avais jamais vécue. J’ai découvert une qualité de services professionnels remarquable.
Finalement, entre le 8 mars et le 17 avril, je suis passé par toutes les émotions possibles et j’aimerais insister sur la peur, et la peur de la mort. Morbide peut-être mais je veux partager ces émotions avec vous.
La partie 1 traitera très sommairement de l’épidémiologie du cancer du colon, la partie 2 sera la narration de mon expérience de "patient", et la partie 3, sera celle qui portera sur la peur et la peur de la mort.

LE CANCER DU COLON

Statistiquement, il y a une probabilité de 1 sur 14 qu’un homme développe un cancer du colon dans sa vie. Cette probabilité est de 1 sur 15 pour les femmes. 1 personne sur 29 va en mourir, soit presque 50% de ceux dont on diagnostique un cancer. Cette dernière statistique est terrible car ce cancer peut presque entièrement être prévenu.

Plus de 90 % des cancers du côlon et du rectum sont sporadiques. Leur incidence augmente régulièrement avec l'âge. Le risque devient appréciable à partir de 45 ans et double ensuite à chaque décennie. L'âge moyen du diagnostic se situe vers 70 ans. (http://www.snfge.asso.fr/02-connaitre-maladie/0d-colon/faq/colon_cancer.htm)
On recommande le test de dépistage du sang dans les selles, qui est très sensible (dépiste presque tous les cancers du colon) mais peu spécifique (si on trouve du sang,, la cause peut-être toute autre). Le meilleur test, quoique plus invasif, est la coloscopie longue. Il s’agit de visionner tout le colon avec l’aide d’un coloscope. Beaucoup de médecins offrent seulement la coloscopie courte (elle ne dépasse pas l’angle splénique) car 40 % de ces cancers touchent le rectum, 60 % le côlon où la localisation principale est le sigmoïde. Le mien faisait partie du 20% qui se situent ailleurs dans le colon!
Par ce geste, j’ai sauvé ma vie.
Sans cette coloscopie longue, dans 15 ans, il y a une chance sur 2 que je me sois retrouvé à l’urgence en obstruction intestinale causée par l'augmentaiton de la tumeur et sa transformation  en adénocarcinome (cancer), avec probablement des métastases hépatiques et autres.
Quelle chance!
prochaine partie - la chirurgie et l'hospitalisation