mercredi 19 mars 2014

L’ARRIVÉE DE PKP-BON OU MAUVAIS POUR LE PQ




L’ARRIVÉE DE PKP-BON OU MAUVAIS POUR LE PQ?

Il faut l’avouer, l’arrivée de PKP dans la mêlée électorale est un brillant coup de madame Marois. Cet homme ne laisse personne indifférent, tous lui reconnaissent d'avoir bâti un des principaux groupes de presse et de communication au pays. Il apporte une solide crédibilité à la plate forme économique du parti québécois. On doit aussi souligner le courage qu'il a de se lancer sur un terrain qu'il ne connait absolument pas. Je le crois lorsqu'il mentionne qu'il a beaucoup reçu et qu'il veut redonner aux québécois. Mais ça ne marchera probablement pas comme il le pensait.
Son arrivée ne cesse de faire couler de l’encre et elle alimente les débats. Mais est-ce un bon ou mauvais coup pour le parti québécois? Le sondage dans La Presse  du 17 mars semble démontrer que ce coup d'éclat ne profitera pas au PQ. Pourquoi?
Par son geste d'éclat lors de son discours « d’intronisation » à Saint-Jérôme, son arrivée a propulsé à l’avant-plan le projet de souveraineté du parti québécois, tout en mettant en evidence les divergences "philosophiques" que son arrivée pourrait provoquer au sein du parti.
Comment justifier que dans le même parti, on y retrouve PKP, Marc Laviolette et Gérald Larose!? Il n'y a qu'une seule raison: le projet souverainiste. Pour toutes ces personnes profondement souverainistes, il est acceptable de faire des compromis tres importants au niveau de l'idéologie socio-politique pour donner LE coup de pouce nécessaire à la promotion de l'indépendance. Mais tentez d’imaginer le parti québécois de retour au pouvoir, avec un gouvernement minoritaire, donc incapable de lancer le débat sur la souveraineté ! PKP ministre de l’Industrie et du Commerce et Agnes Maltais, ministre du Travail ! PKP ne pourra plus trouver d'espace pour même respirer, tant le parti est à la gauche de son idéologie économique.
Son arrivée a donc favorisé le débat sur la pertinence de lancer une grande discussion sur la souveraineté du Québec advenant l’élection d’un gouvernement péquiste majoritaire. Le sondage du 17 mars semble indiquer que ce désir est très faible dans la sociéte québécoise. L'arrivée de PKP n'a donc pas eu l'effet escompté de procurer une crédibilite économique assez forte à l'option souverainiste pour entraîner les québécois dans un autre référendum. C'est quand même assez étrange. Cet homme prend le risque économique personnel d'entraîner le Québec dans le divorce constitutionnel. Ceci aurait pu être interpreté par la population que le risque économique de l'accession á l'independance est acceptable. Mais non, les québecois ne veulent quand même pas entendre parler de souveraineté. Mais quelles sont les veritables raisons pour lesquelles les quebecois ne veulent pas en entendre parler? Ceci ferait un bon sujet de sondage.
L'impact de son arrivée possible au gouvernement se fera maintenant á l'interieur du caucus du Parti Quebecois. En effet, le sondage le place en tête des autres ténors du parti, devançant les Jean-Francois Lisée et Bernard Drainville comme remplaçant de Mme Marois. Maintenant que le projet de l'élection référendaire semble relayé au second plan, il est probable qu'on le verra de moins en moins.

Maintenant, doit-il vendre ses intérêts dans Québécor si jamais il est élu ?
Je me rallie à l’idée déjà émise qu’il doit choisir entre la politique et son patrimoine familial. Je ne peux pas comprendre comment les journalistes qui travaillent pour des journaux qui appartiennent à un homme qui dit vouloir retourner diriger son empire après son saut en politique pourront ne pas être influencés dans leurs commentaires sur le « candidat Péladeau ». Mais ce qui me chatouille le plus dans tout ce débat est l’attitude absolument hypocrite des belles-mères et autres membres influents du parti québécois (Mme Payette, Mme Harel, M. Larose) qui, dans une lettre ouverte, ont enteriné l’arrivée de PKP au PQ sans que ce dernier ne soit obligé de se départir de ses actions ou à tout le moins, se soumette à un mécanisme qui nous assure de son indépendance face à son ancien empire.
Ces ténors font du projet de l'accession à l'indépendance du Québec une cause tellement importante, qu'elle peut avoir préséance sur l'absolue indépendance des parlementaires face à de quelconques intérêts economiques, valeur absolument cruciale pour le maintien de toute société démocratique. Imaginez une seule seconde si PKP avait posé sa candidature pour le parti Libéral!! Je vois d’ici les belles-mères déchirer leurs chemises sur la place publique: leur discours serait à l'opposé de celui qu'ils prônent aujourd'hui. Mme Julie Boulet, M. Pierre Arcand et M. Russel Williams avaient dû, après avoir essuyé un tollé de protestations de la part de mesdames Marois et Maltais, se départir de leurs actions dans leurs entreprises respectives. Mme Boulet étant heritière de l'entreprise qui fabrique les fameuses bottes de cowboy "Boulet" avait dû à contrecoeur se départir de son bloc d'actions qui était son héritage familial (bottes de cowboy et politique!?, c'est vrai que la politique est quelque fois un rodéo!). M. Arcand était propriétaire de deux stations de radio à Montreal et il avait dû les vendre. On peut sans se tromper penser que le portefeuille de ces trois personnes ne leur conférait pas autant d’influence que celui de PKP !! Il possède plus de 40% de la force médiatique du Québec!! Il m'apparait impossible que M.Péladeau siège au Conseil des ministres sans se départir de ses actions.
En tout cas, son arrivee a permis d'eclaircir au moins un sujet au Québec: les québécois ne veulent pas entendre parler de souveraineté. Il sera interessant de voir ce qui arrivera s'il est élu. À suivre.






Jeudi, soit 2 jours auparavant, la première ministre a dit : « Je veux garder l’agenda ouvert. Nous allons réfléchir ensemble à l’avenir du Québec, il y aura un livre blanc, et s’il y a lieu de tenir un référendum, nous prendrons le temps de l’arrêter, d’entendre le point de vue des citoyens et si nous ne croyons pas pertinent de le faire, nous ne le ferons pas.» Si elle entend le point de vue des citoyens de la même façon qu’elle l’a fait dans le cas de la Charte, gageons que les dés sont déjà pipés et que la stratégie est déjà toute arrêtée.


Je ne peux pas demeurer neutre  durant cette campagne électorale qui s’annonce comme l’une des plus intéressantes et palpitantes que nous avons connues depuis de nombreuses  années. Je vous soumets donc, bien humblement, des réflexions qui apparaîtront sur mon blogue au cours de cette campagne. Je prends évidemment position sur les sujets qui feront l’objet de mes réflexions. Vous pouvez les échanger avec qui vous voulez. J’espère que ces positions ne mettront pas en péril les amitiés que j’ai avec plusieurs d’entre vous !
Mais avant d’aborder les questions chaudes et litigieuses, je commente d’abord sur un sujet plus aisé, soit l’impact qu’a eu sur moi, l’arrivée du dernier disque de Serge Fiori qui est, pour moi, le disque que j’ai le plus aimé depuis celui de Eric Clapton – « My father’s eyes » en 1998. C’est une pure merveille. Dans mon blogue, je lui écris une lettre.
Après je débute demain avec une discussion sur la Charte. J’y ai mis quelques heures de recherche et de réflexion !!
Dans quelques jours, l’impact de l’arrivée de PKP sur l’échiquier politique, puis la santé, évidemment (on fait face à 6 larges pointures ; certaines au propre et au figuré !) et on verra par la suite. Je ne sais pas si je vais parler de la souveraineté !!!!!
Bonne lecture.

http://leblogdeclaudepoirier.blogspot.ca/

lundi 17 mars 2014

ISLAMOPHOBIE – UN SONDAGE CROP CONFIRME LA PEUR DES QUÉBÉCOIS ENVERS LES MUSULMANS

Depuis l’annonce de la Charte sur la laïcité, nous n’avions jamais abordé cette question avec nos amis, car évidemment, si tu veux conserver tes amis, tu ne parles pas de politique et de religion lors des rencontres !! Samedi soir, nous avons soupé avec des amis. Mais voilà : j’ai publié mon opinion sur mon blogue vendredi, alors mes amis ont décidé d’en parler. Les discussions furent cordiales, et aussi très instructives.
Les opinions de mes amis divergent totalement de la mienne. Elles tournent autour de trois variables : 1-  La peur de l’intégrisme musulman,
2-  Lorsque les immigrants arrivent chez nous, ils doivent prendre les habitudes d’ici et
3- Le hidjab est, pour bien des femmes, un signe de soumission au mari, ce qui est intolérable.
Intéressant. Rien à voir avec la Charte sur la laïcité. Jamais, durant la soirée, nous n’avons abordé le principe de la laïcité dont devraient faire preuve les employés de la fonction publique. Mes amis ne m’ont pas parlé des juifs, ni du crucifix, mais uniquement des musulmans et musulmanes.
Hier matin, toute une coïncidence, la Presse publie un sondage qui démontre que 57% des québécois ont une opinion négative des musulmans. De plus, 53% des personnes consultées pensent qu’il y a une menace intégriste musulmane au Québec. Ce que les répondants veulent des immigrants selon le sondage : « D’abord et avant tout qu’ils se fondent dans le paysage !! » Intéressant lorsqu’on compare avec les non francophones : 72% disent avoir une opinion positive des musulmans. Par contre, 72% des québécois croient que les immigrés doivent mettre de côté leur culture et essayer d’adopter celle du Québec.
Je vous mentionnais dans mon blogue que 78% des immigrants viennent ici pour travailler. Ce sont des travailleurs qualifiés et des gens d’affaire. L’intégrisme musulman est présent partout dans le monde, mais la meilleure façon de l’empêcher, c’est de permettre aux immigrants de travailler et de s’adapter à notre société à leur rythme, tout en respectant nos lois. C’est en encadrant les demandes d’accommodements par des critères qui font consensus qu’on peut leur permettre de conserver certaines de leurs traditions. Qui sommes-nous pour affirmer que chaque femme qui porte le hidjab le fait parce que son mari l’oblige ? Qui sommes-nous pour empêcher une femme de porter le hidjab parce qu’elle est croyante et que c’est important pour elle ? La meilleure façon d’encourager l’intégrisme c’est d’isoler socialement et économiquement certains membres de la communauté musulmane. Ceci entraîne la pauvreté et les ressentiments.
Mais que fait le gouvernement du parti Québécois face à ces révélations ? Hier, madame Marois a dit, lors de sa conférence de presse à l’hôtel de ville de Montréal que l’application de la Charte à Montréal: « règlerait bien des problèmes »  Elle persiste et signe !
Jean Chrétien a déjà dit quelque chose comme: « La démocratie, c’est la dictature de la majorité ». Il continuait en disant que le rôle d’un gouvernement était de protéger les minorités, pas de répondre nécessairement à tous les souhaits de la majorité.
Dans une société comme la notre, un gouvernement devrait tout faire pour favoriser l’intégration des communautés culturelles à la société québécoise tout en les respectant. Les immigrants sont essentiels au maintien de notre activité économique car ils œuvrent dans des postes de travail que nous ne pourrons combler à cause de notre démographie vieillissante. Le parti québécois devrait prendre acte des résultats du dernier sondage sur « Le malaise musulman » en renonçant à sa clause sur l’interdiction du port des signes ostentatoires dans la fonction publique, ou tout le moins en y apportant de modifications comme celles qu’avait suggéré la Commission Bouchard-Taylor. Le maintien de cette clause  telle qu’elle est présentée isolera les femmes musulmanes qui portent le voile, provoquera des comportements racistes envers la communauté et créera le contexte favorable au développement de l’intégrisme musulman. Le rôle du gouvernement est de défendre les minorités contre le désir de la majorité en proposant entre autres des mesures pour mieux comprendre la communauté musulmane. Je ne peux comprendre que des personnes qui ont quitté leur pays parce qu’entre autres, on leur imposait le port de vêtements pour des raisons religieuses, arrivent ici et se font interdire d’en porter pour des raisons similaires. Il me semble que la société québécoise est assez fière et sure d’elle pour permettre certains accommodements !

Comme disait Alain Dubuc dans la Presse de ce matin : « Mais ce qui est unique, c'est qu'un gouvernement ait sciemment choisi de nourrir cette peur de l'immigration, de l'amplifier, de la légitimer, et d'en profiter politiquement. C'est la Charte des frayeurs. »

vendredi 14 mars 2014

LA CLAUSE SUR L’INTERDICTION DU PORT DE SIGNES OSTENTATOIRES DANS LA FONCTION PUBLIQUE QUÉBÉCOISE – RECHERCHE D'UNE PSEUDO LAÏCITÉ CONTRE UNE AUGMENTATION DE LA XÉNOPHOBIE

LA CLAUSE SUR L’INTERDICTION DU PORT DE SIGNES OSTENTATOIRES DANS LA FONCTION PUBLIQUE QUÉBÉCOISE – RECHERCHE D'UNE PSEUDO LAÏCITÉ CONTRE UNE AUGMENTATION DE LA XÉNOPHOBIE

Il semblerait qu'une majorité de québécois soient en faveur de la CHARTE DE LA LAÏCITÉ (appelons-là par ce nom, le nom officiel étant vraiment trop long !!), incluant la clause interdisant le port de signes ostentatoires pour tous les employés de l'état.
Depuis le dépôt du projet de loi à l'Assemblée Nationale et depuis l’intervention du premier groupe en commission parlementaire, le parti québécois n'a fait aucune concession sur cette clause, malgré l'opposition de 49% de la population et celle de groupes très sérieux, en particulier des experts en droits et libertés des personnes. Dès le départ de cette campagne électorale, la première ministre en fait un de ses enjeux principaux, sans laisser entrevoir la possibilité de modifications au projet de loi. Elle dit même : « Donnez moi un gouvernement majoritaire pour que je puisse faire adopter la Charte ». C’est clair : un vote pour le PQ, c’est un vote pour la Charte, telle que présentée dans le projet de loi. Pour moi, l’adoption ou non de cette clause est de loin l’enjeu fondamental le plus important de cette présente campagne car son adoption transforme la société dans laquelle je vis depuis plus de 60 ans en une société moins inclusive, une société qui impose, par une loi, des obligations qui vont à l’encontre des croyances fondamentales d’une minorité de québécoises et qui les poussent à faire un choix entre leur religion et l’accès au travail. Je ne me retrouve vraiment pas dans une telle société
Il me semble qu'un bon gouvernement devrait toujours préserver les grands consensus sociaux sauf lorsque la paix sociale est perturbée par une menace réelle. Parmi ces grands consensus sociaux, on retrouve un ensemble de libertés qui ont été affirmées dans la Charte des droits et libertés canadienne et québécoise.
Le Québec est une terre française qui, au cours des 50 dernières années, s’est laissée métisser avec l’arrivée de très nombreux immigrants. Les immigrants choisissent le Québec pour une multitude de raisons, mais la principale, pour la majorité d’entre eux, est l’ensemble des grandes liberté fondamentales dont jouissent les citoyens du Canada et du Québec, et une plus grande opportunité de « gagner leur vie ». Beaucoup le font pour s’assurer que leurs enfants auront de meilleures opportunités qu’eux. En 2012, les données de l’Institut de la statistique du Québec nous informent que le solde migratoire du Québec était positif et était de 55,036 personnes. 72% de ces personnes viennent ici dans le cadre du programme « immigration économique » : il s’agit principalement de travailleurs qualifiés (62%) et, dans une moindre mesure, de gens d’affaires (8%) et d’aides familiaux (1%). À peine 8% sont des réfugiés. Les immigrants viennent donc ici d’abord pour travailler, et ils nous apportent une expertise dont nous avons besoin, étant donnée le vieillissement de notre population.

Les tableaux du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles qui portent sur la religion des immigrants québécois, nous indiquent qu’entre 2008 et 2012, entre 25 et 35% des immigrants proviennent de pays à majorité musulmane. Je ne retiens ici que la religion musulmane car la clause sur l’interdiction du port de signes ostentatoires vise essentiellement le voile musulman; le hidjab. En 2012, ce pourcentage est de moins de 25%. Si on utilise le chiffre « moyen » de 30% et qu’on l’applique à 55,000 immigrants, on estime donc qu’à-peu-près 17,000 immigrants de pays à majorité musulmane arrivent chaque année au Québec. 
D’après ce tableau de STATISTIQUES CANADA, en 2011, il y avait 243,430 personnes qui se déclarent pratiquer la religion musulmane, soit 3,1% de la population. On est loin de « l’envahissement du Québec par les Musulmans ! »

QUÉBEC


TOTAL RELIGION
7 732 520
100,0%
Bouddhiste
52 385
0,7%
Chrétienne
6 356 880
82,2%
Hindoue
33 540
0,4%
Juive
85 105
1,1%
Musulmane
243 430
3,1%
Sikhe
9 275
0,1%
Spiritualité (Autochtone) Traditionnelle
2 025
0,0%
Autres religions
12 340
0,2%
Aucune appartenance religieuse
937 545
12,1%
Source: Enquête nationale auprès des ménages 2011, Statistiques Canada


Arlindo Vieira, qui a rédigé, en 2001, à titre de président du Conseil des relations interculturelles, un rapport qui analysait les causes de la sous-représentation des communautés culturelles dans la fonction publique, constate que la représentation des minorités visibles au sein de la fonction publique n’a pas beaucoup évolué au fil des ans, oscillant toujours autour de 2 %[1]. Statistiques Canada définit comme minorités visibles les groupes suivants : Chinois, Sud-Asiatique, Noir, Arabe, Asiatique occidental, Philippin, Asiatique du Sud-Est, Latino-Américain, Japonais et Coréen[2].
En 2009-2010, il y avait 558,000 personnes dans l’ensemble de la fonction publique québécoise[3] (incluant l’éducation et la santé). On parle donc d’environ 11,000 employés de l’état faisant partie des minorités visibles. Selon l’enquête nationale auprès des ménages de 2011[4], au Québec, on comptait 850,240 personnes dites de la minorité visible, soit 11% de la population québécoise. Les arabes en comptent 166,260, mais on a vu dans le tableau antérieur que 243,000 personnes se sont déclarées « musulmanes ». Il y a donc plusieurs minorités visibles qui sont de religion musulmane, et beaucoup d'arabes pratiquent d'autres religions, en particulier la religion chrétienne. Donc, 29% des minorités visibles se déclarent musulmanes. On peut alors estimer que la fonction publique québécoise comporterait à peu près 3,200 personnes "musulmanes" (29% de 11,000). Ce chiffre inclut des hommes et des femmes, et, parmi les femmes, les voilées et les non voilées. Khadija Darid, une experte  de la communauté musulmane québécoise, elle-même non-voilée et qui habite ici depuis 17 ans, estime qu’environ une musulmane  québécoise sur cinq porte le foulard. Si les 3,200 postes de la fonction publique sont occupés à 50% par des hommes et par des femmes (ce qui est très optimiste), et que seulement 1 femme sur 5 porte le voile, on en arrive donc à un maximum de 320 femmes voilées dans l’ensemble de la fonction publique québécoise, incluant la santé et l’éducation !
Donc, pour 320 personnes, le gouvernement du Québec, malgré le fait que 50% de la population du Québec soit en désaccord avec cette clause, maintient le cap, et en fait une question de principe.
On divise toute la population québécoise pour une clause qui vise à régler des situations qui, en fonction du nombre de personnes impliquées, n’apparaissent pas à prime abord comme stratégiques, cruciales et problématiques. Ne devrait-on pas tenter de régler les problèmes qui pourraient survenir en utilisant les accommodements pour lesquels la charte décrit très bien les conditions qui devraient les encadrer. Cette dernière clause de la Charte, elle, fait consensus partout au Québec.
Cette ligne de pensée rigide encourage, auprès d’un certain pourcentage de la population, des comportements offensants envers la population musulmane, les femmes voilées en particulier. Comme j’estime que seulement 320 femmes voilées occupent des postes dans la fonction publique, les conséquences engendrées par les discussions qui portent sur une interdiction visant seulement 320 personnes ont des retombées sur les milliers de femmes voilées du Québec. C’est la manifestation publique d’un sentiment xénophobe et islamo phobe latent. Je me souviens d’un reportage de la Société Radio Canada lors de la journée où fut présentée la charte. Le reporter interrogeait une femme assise dans un restaurant au Saguenay. Cette dernière disait à peu près ceci: "C'est une bonne chose, sinon dans 10 ans, c'est nous qui serons obligés de porter le voile"!! Symptôme de la peur de l'inconnu et de l’ignorance il va s'en dire. L'islamophobie est en croissance au Québec depuis le dépôt de ce projet de loi. Une partie du musée Juif de Berlin que nous avons visité en 2008 contient des lettres écrites par des Juifs durant les années 1935-1939. L'une d'entre elles m'avait frappée: la personne écrivait qu'elle était consciente que l'antisémitisme était présent et latent dans la société allemande à cette époque, mais elle était "cachée". La personne écrivait qu'ils avaient aussi beaucoup d'amis, mais dès que le parti Nazi a promulgué une loi commençant à diminuer les droits des Juifs, soit dit en passant pour des raisons « identitaires », l'antisémitisme à commencé a se manifester par des gestes de violence envers des individus et des commerces appartenant aux Juifs. Je ne compare évidemment pas le parti québécois au parti nazi, mais je veux exprimer par ce rappel de l’histoire que lorsque les gouvernements, sciemment, ostracisent ouvertement une communauté  en les privant d'un droit fondamental dans une société comme la nôtre, certaines personnes de la population en général se sentent alors légitimés de manifester ouvertement leur racisme comme on l'a vu assez régulièrement depuis le dépôt du projet de loi. Un gouvernement responsable, devant de tels comportements aberrants, devrait non seulement dénoncer ces gestes (ils le font du bout des lèvres), mais ils devraient aussi renoncer à la clause, car elle ne fait qu'isoler une infime minorité de la population québécoise. Sous le faux prétexte de bien encadrer le principe de la laïcité, on légitime, sans le vouloir, des gestes exécrables envers les femmes musulmanes.
Comment accepter que des femmes qui viennent de pays qui leur imposent des obligations vestimentaires ou religieuses, se voient aussi imposer des obligations vestimentaires lorsqu’elles arrivent chez nous ? 
Dans son mémoire sur le projet de loi, le Conseil du Statut de la Femme dit: « Des universitaires de renom, des figures politiques majeures, des représentantes et des représentants de groupes de femmes, de syndicats, d’associations, d’établissements d’enseignement et de soins sont divisés quant à la portée à donner à cette interdiction. Pour certaines personnes, il s’agit d’une exigence raisonnable pour les agentes et les agents de l’État, comme corollaire de leur devoir de réserve et de leur obligation de neutralité religieuse pour garantir la neutralité de l’État et des services publics, tandis que pour d’autres, il s’agit d’une limitation injustifiée à la liberté fondamentale de croyance et à l’accès au travail. »
En ne faisant pas de compromis, et en n’appuyant que sa propre thèse, le gouvernement québécois ne fait en sorte que promouvoir le sentiment identitaire nationaliste nécessaire à consolider sa base électorale.
Pourtant, le Conseil du statut de la femme a proposé plusieurs pistes de solution qui pourraient servir de compromis acceptable aux yeux de plusieurs. J’encourage d’ailleurs les lecteurs à lire ce mémoire des plus intéressants (http://www.csf.gouv.qc.ca/). Parmi ces solutions, le Conseil propose d’abord la tenue d’études scientifiques sur les effets concrets de la prohibition envisagée dans certains domaines d’emploi du gouvernement. Ces études pourraient éclairer la réflexion étatique et favoriser l’obtention d’un consensus social. Il n'y a pas d'urgence, pourquoi ne pas bien préciser les impacts qu'aurait l'application d'une telle loi sur les personnes qui en subiraient les conséquences?
Dommage, la Charte dans son ensemble fait l’objet d’un immense consensus ; seule la clause sur l’interdiction du port des signes ostentatoires par les employés de la fonction publique divise farouchement les québécois en deux camps.
Je souhaite continuer de vivre dans la société actuelle, celle qui est inclusive, accueillante, harmonieuse et qui utilise des critères qui font consensus pour accommoder une minorité d’immigrants qui souhaitent certains changements ponctuels à nos us et coutumes plutôt qu’une société restrictive et xénophobe qui isole certaines catégories de personnes immigrantes en faveur d’une pseudo laïcité qui se manifeste beaucoup plus par des attitudes, des gestes et des paroles que par le port de signes religieux.

 


[1] http://m.ledevoir.com/politique/quebec/387270/la-charte-vise-moins-de-2-des-fonctionnaires
[2] ( http://www.statcan.gc.ca/concepts/definitions/minority-minorite1-fra.htm)
[3] ENAP – L’état québécois en perspective, L’effectif public total - l’Observatoire de l’administration publique, automne 2012
[4] http://www12.statcan.gc.ca/nhs-enm/2011/dp-pd/dt-td/Rp-fra.cfm?TABID=1&LANG=F&A=R&APATH=3&DETAIL=0&DIM=0&FL=A&FREE=0&GC=0&GID=1118301&GK=0&GRP=0&O=D&PID=105395&PRID=0&PTYPE=105277&S=0&SHOWALL=0&SUB=0&Temporal=2013&THEME=95&VID=0&VNAMEE=&VNAMEF=&D1=0&D2=0&D3=0&D4=0&D5=0&D6=0

samedi 1 mars 2014

LETTRE À SERGE FIORI

Cette lettre est la résultante de l'écoute du dernier disque de Serge Fiori intitulé: "Serge Fiori". Il était possible d'écouter gratuitement le disque en entier, jusqu'au 3 mars, sur le site d'espace musique à l'adresse suivante: www.espace.mu/accueil.


par la suite, je me le suis procuré et depuis, je le re écoute en boucle...en boucle....en boucle...au point "d'avoir une crampe au cerveau"!!


"Mon cher Serge,
Je ne te connais pas, mais je me suis ennuyé de toi, sans le savoir. 
28 ans d'absence sur la scène musicale québécoise, c'est long!
J'ai trois ans de plus que toi, je t'ai suivi tout au long de ton parcours musical jusqu'au jour où on n'a plus entendu parler de toi. Mais grâce au iPOD, je revivais souvent des moments de pur bonheur lorsque le "mix de morceaux" tombait sur une pièce de l'un de tes albums. Alors là, j'arrêtais de courir, marcher, skier, ou toute autre activité que je faisais, et j'écoutais attentivement la pièce. Souvent, lors de ces moments, je modifiais les réglages de mon iPOD et je réécoutais "Si on avait besoin d'une cinquième saison", mon album "Harmonium" de prédilection.
Ton dernier disque est un pur chef d'oeuvre. En en prenant possession, j'ai eu l'impression de serrer la main d'un ami qui m'a manqué. J'ai redécouvert le son de ta fameuse "12 cordes" et certaines harmonies qui signaient tes compositions.
Tu l'as eu difficile, à ce qu'on a dit. Je n'ai pas lu le livre qu'on a écrit sur toi. J'aurais aimé que tu continues à écrire car j'aurais souhaité être "consolé" en écoutant tes cris du coeur de façon régulière. 
Mais tu as choisi de regrouper tous tes cris ressentis sur 28 ans sur un seul album. L'écouter, c'est l'équivalent de 10 heures de thérapie!!!
Toutes les chansons de ton nouvel album sont bonnes, Serge. Elles découlent probablement de l'émergence d'un trop plein que la vie t'a apporté. Je partage tes commentaires sur le "Monde virtuel", l'isolement dans lequel nous pousse les nouvelles technologies de communication. Je peux décoder la souffrance que tu ressens en voyant ta mère dépérir dans la pièce "Seule" et beaucoup de difficultés dans la pièce"Jamais", les difficultés d'accepter de vieillir dans la pièce "Zéro à dix", les commentaires "politiques" si pertinents auxquels tu nous avais jadis accoutumés dans "Crampe au cerveau". Je ris chaque fois en écoutant "Zéro à dix", etc...
Chaque pièce de cet album m'a conquis. J'ai retrouvé le meilleur compositeur-interprète-musicien du Québec. 
J'espère bien que tu nous feras l'honneur de revenir sur scène. J'aimerais beaucoup te remercier en me levant, lors de ton entrée en scène et en t'applaudissant à tout rompre. Je m'inquiète même du fait que personne ne voudra cesser d'applaudir ton retour! 
Je me suis ennuyé, je ne le savais pas.
Je suis très content de te revoir
Amitiés et longue vie"